porta

porta
Daniela Iaria, "Attraverso la porta bianca-fiume", 39x41 cm, 2004.

lundi 6 avril 2009

Lidia Riviello

Née à Rome, où elle habite, Lidia Riviello est responsable de la poésie dans l’émission Radiotresuite. Depuis 2004, elle co-dirige le festival de poésie Romapoesia.
Elle a publié, entre autres, La metropolitana (Signum, 2001) et Rhum e acqua frizzante (G. Perrone Ed., 2005). Prix Antonio Delfini 2007 avec le recueil Neon 80, dans lequel le néon incarne la non-lumière, évoquant les « non-lieux » décrits par Marc Augé, d’une société où règne l’artificiel : par ce « gaz noble, inerte, presque incolore » déclare-t-elle, « le soleil s’éteignait».



La terre du néon, année quatre-vingt

[…]

C’étaient des tempêtes plutôt que des feux d’artifice
c’étaient des tempêtes
qui se sont abattues sur nos raisons.
Dans les années néon il n’y avait nulle part de sole mio,
nous cachions le vrai-faux dans les disques
car on n’aimait plus depuis des siècles et
des biens comme le plastique et le satin étaient dissimulés,
on économisait sur le caoutchouc
les aiguilles luisaient et l’hallucination
était l’unique substance du père.

On conservait les matériaux du recyclage
corrodés dans les grandes villes
avec de l’herbe et de l’ammoniaque, gardés dans des emballages - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - brillants.
Eh oui, fallait bien qu’ils gèlent
pour construire le nouvel esprit sauna.
Une fois prête la génération des faiseurs de néant,
à pieds et à roulettes on allait
dans les années quatre-vingt punk et cerise, les âmes
n’étaient qu’aux filles, tant de blond violentait le goût
et l’arrière des culottes était compromis par
les stupides coutures du marché aux puces.
Rien de très original, vu de derrière.

[…]

La génération précédente ne fit plus peur
nous en avions épié les mouvements dans le bois, puis acquis
leur pâleur, le nonchalant sentiment
d’appartenance aux oasis de ciment.
Et dire que nous pensions vaincre
la misère avec la danse, comme on fait dans
les terres ignorées par l’eau et les banques du sperme.




Quand le néon s’éteignit


Quand le néon s’éteignit
nous nous sommes retirés dans l’obscurité en action noire
sans eau minérale sans sel et sans faire
convaincus que de la ville d’en face
on nous rendrait le soleil.
Et nous avons soufflé deux ou trois projets d’aube adriatique
quand le volume des empreintes réduisit nos traces
à des chemins d’IKEA.
Alors, au contrôle social nous avons antéposé
cette étrange forme initiale, ce recommencement.

Pas de néon qui se soit éteint sans raison
pendant la journée,
et quand les puissants de la terre nous obligèrent
à mettre de l’ordre dans le vide malpropre
alors nous avons fait exploser les lampes à huile conservées
dans les meubles vitrés des présidents.
Mais l’explosion fit naître un silence
formel, comme un parfum gucci, ou simili.

Quand le néon s’éteignit nous étions peu nombreux et pris
par d’objectives spéculations.
Protège-rien et les humidificateurs pour la veille, car nous devions
entrer encore dans la vitesse de la lumière, dans l’étau



Et ils n’ont pas voulu en 1980 nous écouter chanter
ni emprunter des pseudonymes de décadence et donc nous avons - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - résisté à la chute
avec la vidéo, faits de vidéo, nouveaux et originaux
chats bottés, action immédiate.
Tels des vampires, nous survivons seulement à coups de somnifères, et
en volant tels des flamants roses.
À force de rester intensément dans le bois le marais
s’assèche.

Nous fûmes éteints avec le néon, en fait.
Disais-je.



- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - De : Neon 80, Zona ed. 2008

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -- - - - - - - -- - - - - © les auteurs et CIRCE

vendredi 6 mars 2009

Enrico Testa

Enrico Testa enseigne les Lettres Italiennes à l'Université de Gênes. Il travaille sur l'élément narratif et les structures d'ensemble dans la poésie contemporaine, dont il a procuré une anthologie originale intitulée "après le lyrisme" (Dopo la lirica - Poeti italiani 1960-2000, 2005) ; ses recueils, marqués par l'absence et la nostalgie, souvent déclinées par la métaphore du paysage, sont publiés chez Einaudi (In controtempo, 1994 ; La sostituzione, 2001, Pasqua di neve, 2008).




dans des temps concordants, l'été,
bien qu'en des lieux différents
du même Apennin,
nous avons essayé, enfants,
de remonter les torrents
pour en trouver la source.

Il y avait une obscurité de sous-bois,
des fougères, un vert à peine plus intense,
un peu de mousse
et des pierres ruisselantes
et rien d'autre :
la déception de l'origine






elle suit un mouvement fluide et vertical
cette montée de la colline
tournant après tournant
vers le soir.

Même les assassins disent
que le vent de septembre est doux :
il nous pousse
parmi les oliviers et les cyprès
et il nous défend
jusqu'à l'anse neutre du balcon
qui sous le ciel gris clair
s'ouvre face à la mer.

Mais à présent, dans le noir,
nous sommes encore en quête
de ton aide :
nous t'appelons du jardin
cachés, par jeu, derrière le mur






sur le terre-plein de la voie ferrée
longeant le bois
les troncs des acacias
sont noirs après la pluie
comme des traits d'encre qui s'écartent.

Pâques est désormais le papier d'argent,
poussiéreux et pâli,
des oeufs, suspendu
aux branches des cerisiers.
Rubans qui miroitent dans le vent
et devraient tenir à distance
le peuple envahissant des merles


. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .(Pasqua di neve, Einaudi, 2008)

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . .© les auteurs et CIRCE

jeudi 19 février 2009

Lorenzo Calogero, inédit


Un distico si sfalda appena
e poi le turgide arborescenze
o qualcos’altro: ma m’intrattiene
oggi questo riposo nei boschi.
A mattina ero partito
dal riposo dei tuoi occhi tenui verso la cima
di una città fantastica e il ritmo dei pini
mite nel vento fosco diviene,
una remora un lemure era
o lo spazio quadrato.


Un distique se scinde à peine,
ensuite les arborescences boursouflées
ou autre chose : mais aujourd’hui ce repos
dans les bois me tient compagnie.
Le matin j’étais parti
loin du repos de tes yeux fragiles vers la cime
d’une ville rêvée et le doux rythme des pins
dans le vent devient sombre,
c’était un scrupule un lémure
ou l’espace carré.

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , (inédit)
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , © Villanuccia & CIRCE

lundi 2 février 2009

Lorenzo Calogero

Come in dittici (1956)

Médecin (municipal) sans patients, écrivain sans éditeur, suicidaire, phobique, Lorenzo Calogero (1910-1961) aura été l'un des rares purs poètes du XXe siècle italien. Plusieurs fois interné (Villa Nuccia, Gagliano), il disait "apprendre ainsi / face à une faible lumière penché / le faible déclin du silence / de la vie". Apprécié de C. Betocchi, L. Sinisgalli, G. Tedeschi, il a été lu attentivement par Amelia Rosselli, qui nous avait conseillé autrefois déjà sa traduction.

Bene, purché al piede…
Bene, purché al piede, molte volte
subacqueo, una lentezza derivi
del moto del fiume, non solo una fortuna
satura della natura di tutti gli uccelli
immersa nel tempo umido e, all'insaputa,
rapida e venata d'azzurro,
ma anche dentro una dolcezza,
cui sia una ventata calda
trascinata alla riva,
in un grido umido rigido la quiete più stanca
ed oscura già esala.


***

D’une rive
D’une rive naît à la douleur
le jeu. La neige n’est pas comme
la soif, ombre comme la mort.
Il fait déjà jour, le dernier
qui te reste. De son maigre pas
le sommeil est une ombre opaque
qui te piétine.
Cendres ton sang,
suc agreste, distille
un faible son, et si tu te lèves,
aussitôt tu t’appuies sur une pluie
qui rejaillit des racines vers tes vêtements.
Je le savais. Une blonde et claire
gravité scintille, après la pluie,
immobile, humide sur l’herbe. Ou tu te caches
ou bien il y a du sang. Par moments
ou une falaise ou un paysage.
Morne une lumière est sauve
à la marge des rêves.
S'avancer sur la haie
dénudée, écho aride
dans un rayon
qui s’élève.


Bien pourvu qu’au pied…
Bien, pourvu qu’au pied, très souvent
sous l’eau, une lenteur dérive
du cours du fleuve, non seulement un hasard heureux
empli de la nature de tous les oiseaux
plongé dans le temps humide et, à son insu,
rapide et veiné de bleu,
mais aussi dedans une douceur,
où soit un souffle chaud
tiré vers la rive,
en un cri humide, rigide, déjà le calme plus las
et obscur émane.



Sur un rayon
Sur un rayon était la pluie.
Je ne sais pas d’autre douleur
et, puisque le vent vide
froid ne peut plus reconnaître soi-même
à travers mon corps sombre mince
de verre pur, maintenant je parle.
Je n’ai rien contre les instants,
les derniers reflets qui perturbent
le calme de ton sourire
dans le sommeil sur le mur,
ultime errant visage tourné
vers la fin accomplie de soi-même. En deux distiques
élégants le crépuscule t’entraîna dehors
sur la douceur qui était aux sommets.

S’écroulent là-haut les couleurs. À l’écart
je ne sais quoi d’autre était près de toi,
pris clairement de ton côté
sur la légèreté défaite des ruines.



- - - - - - - - - - - -- - - - - De : Opere poetiche, Milano, Lerici, 1962

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -- - - - - - - - - - - © les auteurs et CIRCE

mardi 6 janvier 2009

Matteo Marchesini

Matteo Marchesini (né en Emilie Romagne en 1979), collabore depuis 1998 à l’annuaire critique de poésie sous la direction de G.Manacorda (Castelvecchi). Une brève anthologie de ses poésies a paru dans le volume Dieci poeti italiani (Pendragon, 2000). En 2004 il publie son premier recueil de poèmes Asilo (Edizioni degli Amici, Arezzo) et remporte le prix national Iceberg pour ses nouvelles Le donne spariscono in silenzio, paru en 2005 (Pendragon).

Asilo


Ancône, le port


Tu aimes les grues suspendues, dinosaures
en exil placide au-dessus du môle,
les câbles serrés sur les treuils, les gueules
sombres des bacs et le long solo

des scrapers dans lequel s'éteint le lamento
de leur museau jaune stupéfait : tu appelles
espérance d'enfance et transcendance
le lent, grave balancement au rythme des trafics,

et la danse de ces hauts jouets plus humains
que les hommes, tu voudrais la percer
jusqu'au mirage où l'Histoire cède

à son inconscient moqueur, et l'on entrevoit
dans le charme du mouvement pendulaire
un dieu enfoui, une lueur pour demain.



Ancône, allégorie


Peut-être un jour vivrons-nous au milieu des silos,
les grues seront pour nous toboggans et bois,
les proues, des terrasses ; en haut, les sombres cieux
du Conero, et plus bas, derrière l’école,

la mer et l’angoisse joyeuse des rails ;
nous pourrons alors déchiffrer l’énigme
de ces aciers aveugles, être les faussaires
d’une histoire plus fausse encore et de son dogme

qui pétrifie la voix de celui qui s’enfonce,
nous fabriquer un fragment incertain du possible
avec les scories du destin : et habiter

dans les branches de l’arbre sans trahir le monde…
(Ou peut-être l’espérance ne peut vivre
qu’inconnue d’elle-même, invisible, évadée…)


.. ............................de : La Città della polvere (ed. degli Amici)


***


Via Emilia Ponente


Les T.I.R. connaissent par cœur tous les champs,
le gravier des aires de stationnement, les pompistes
de la nationale neuf : au milieu des poulaillers,
au milieu des ruines, pour endormir les crampes
du sexe et du sommeil ils reposent placides,
les bâches rabattues. Ils se réveillent
au milieu des stands de galettes, penchés ils dessinent
des couronnes allumées comme de secrets
cirques ambulants, le nez pointé vers le Brenner.
Demain à Innsbruck pas de trattorias
sans enseigne, ni de décombres, ni de rues
Allende, Lénine, Gramsci, Guido Rossa,
ni les granges de ceux qui occupèrent autrefois
la route avec leurs charrettes, alla riscossa.



de : Marcia nuziale, Scheiwiller, 2009 (poème déjà publié, avec de légères variantes, dans Asilo, sous le titre I Tir, Edizioni degli amici, 2003.)
.................................................................................................... .............................................................................© les auteurs et CIRCE

lundi 1 décembre 2008

Antonella Anedda

D'origine sarde et corse, Antonella Anedda est née en 1955 à Rome où elle vit. Elle s'occupe de médiation culturelle. Auteur(e) de plusieurs recueils dont des extraits sont publiés sur le site Terres de femmes (http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2008/11/antonella-aneddanovembre-notte-1.html), extraits de Residenze invernali (cf. aussi "Poésie90", avril 1990), et Notti di pace orientale (qui paraît anthologiquement en frçs. chez L'Escampette), La luce delle cose (Feltrinelli, 2000). Un choix de ses propres traductions, Nomi distanti, chez Empiria.



Residenze invernali

"Altari di riposo"

II

C’était ça. Le sable soulevé en dune
les rochers sans fleurs
la terre qui n’a pas de saison, l’herbe
mue dans les vasques, mince
sur l’arête des murs
et la chambre chaude comme si elle était habitée
flamme de branche et chandelle
lumière minime lueur de bougie
devant la pierre des morts.

Air sauvage. Os
affilé, toi sans enchantement.
A toi
(en des soirs de feux et de phares, dans les vitres
jetées par le vent sur les quais)
je dois des certitudes :
ni retour ni union aucun réconfort
rancœur pour ta grise beauté de noyée.
Et c’est encore la chute
drue de noix, des pas
où les débris sont désormais racines
le souffle des couples dans les ferries.
Non des cours sur la mer mais des rambardes
des fers qui abolissent le repos.
D’eux j’apprends.
A ne pas ranger les objets
à ouvrir grand les paniers
jusqu’à faire du corps un autre espace.
Avec calme
maintenant qu’au milieu des mottes
je suis une empreinte légère d’animal
(plus bas que la nuit
où l’obscurité est travail)
je recouvre d’eau les fissures, les grands vases.



"Residenze invernali"

VI

L’herbe brûle sur les toits et la terre se fend dans les allées. Les arbres secouent leur sable. Silence dans la ville abandonnée et fausse lueur sur la mer. Vent et poussière sur les plants de laitue.
Dans ce temps disjoint, quand le tonnerre traîne les maisons au milieu de fleuves et que le fer déchire son vol, dans la chaleur sans refuge du clochard, nous avons traversé le mois d’août.

Des jours de lumière opaque sont venus
les mornes fêtes de la mi-août
le silence des platanes, le calme
lourd des guêpes
la rive sèche du blé.
Des après-midi clos suivirent
et des nuits
emplies de sable.
Nous avons attendu
immobiles
le passage des oiseaux, l’air qui s’allège
de soir en soir
jusqu’au premier vent d’automne.

Dans un long froissement les arbres s’agiteront
dans un bruit de fontaine
ils frapperont le ciel
et l’air sera haut et figé
déchirure de roche derrière les nuages
sceau sur le vide des Bastions.
Une patience brûlante est dans le souffle de septembre
le pont s’arque sur l’eau, la maison tiédit entre les pins.
Léger, dans les branches du lentisque le mistral déroule les drapeaux.
Nous aussi un soir nous avons parcouru le bord de mer
tournant la tête vers des cafés éclairés
l’esprit attentif aux petites choses
sifflant dans le noir comme des oiseaux.

Dans toutes les vitres de l’hôpital à présent
des corps, des lueurs de buissons, des visages :
ici le sommeil n’est qu’un léger heurt
l’imperceptible entrebâillement d’une porte
l’écume
qui se forme sur les bassines.
Nous déplions nos doigts sur le drap
vraiment attentifs, enfantinement seuls.
Comme avant le soir vient
sans bruit
sur les épaules qui retombent dans le vide
sur les cous enfouis dans les pyjamas
descend une paix, diaprée, de montagne.


- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - © les auteurs et CIRCE

Antonella Anedda

DIALECTALES...

Certains poètes présentés par CIRCE écrivent aussi dans leurs dialectes respectifs (langue ou dialecte, ici, ne fait pour nous aucune différence). Suivant quelques principes qui n'engagent – par contre – que moi, et dont on peut se faire une idée en allant dans notre site (art. en ligne "Traduire, une pratique-théorie", avec un ex. d'application à E. De Signoribus), j'en propose ici des versions françaises. (JcV)


Attitos

Thrènes

1.
Rends-moi ce fils tien
terre vêtue de noir,
face de pluie. Il m'appelle
mais tu t'abats et tranches.
Je ne puis répondre
pleine de boue et d'épines.

2.
Tu la vois, bougie, cette ruine
dans les objets qu'il ne touche plus,
les ciseaux à tondre rouillés.
Je fouille dans la cendre,
je ferme à demi la porte,
mais tu l'entends l'ange qui vient
et s'assoit près de l'âtre avec les chiens.
Ton époux n'y revient pas, il dit
qu'il est dans le cercueil.
Alors laisse-moi dormir
les lèvres contre son bois
jusqu'à la grand messe de Pâques
notre dame de lumière en croix.

3.
Au petit jour il a fermé les yeux
il a désiré en vain
en un seul cri muet.
Tu tardes trop à venir, vent,
sa face de mort
est feuille immobile et froide.
Je ne veux qu'être seule avec lui
aspirant le venin
qui m'est resté dans le coeur.

4.
Sa voix s'est tue,
il ne dit plus : "Allons".
Elle crisse comme craie
qui vrille les dents.
Il a senti la mort
lui passer un fer brûlant
entre oreille et tempe
pour dispenser sa douleur
à qui ne peut guérir.

5.
Il est parmi des étrangers
dans l'enfer des âmes
prématurées. Il murmure
mais nul ne répond
car c'est notre châtiment
ces vols tout autour
pleins d'une voix de pluie
dans leur gorge.

6.
L'âme qui s'abaisse
en vol dans la mémoire
de cercle en cercle de pierre
noircit comme l'agneau
cuit sous la cendre.

7.
je voulais passer une éponge métallique sur sa poitrine
le blesser jusqu'au sang comme un christ
pour croire qu'il revivait

8.
A' présent la vie ralentit. L'herbe
ne crépite ni la mer ne brûle.
la bise me consume, la porte grince,
le bois est un astre de douleur.
Lointaine est la terre
où l'époux s'en est allé.
Les instruments font tinter
la mémoire, la souris ronge
telle une écharde de gel.
Ah, épousé, manteau de nuit,
moi brebis devenue sauvage.
Chante dans cette solitude
le printemps de Logudoro.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - (tr. du sarde J.Ch. Vegliante)
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lundi 3 novembre 2008

Edoardo Albinati

Edoardo Albinati (Rome, 1956) enseigne les Lettres italiennes à la prison de Rebibbia. Il s'est fait connaître avec un roman précurseur, Il polacco lavatore di vetri (1989), d'où a été tiré un film. Il a été traduit en français par F. Caccia (prose) et J.Ch. Vegliante (poèmes en prose) ; parmi ses livres de poésie, La comunione dei beni (Giunti 1995) et Sintassi italiana (Guanda 2001).



Le Graal

Tu n'as pas vu le sac en papier
avec les oranges dedans ? J'en avais choisi une
en particulier, une petite
foncée, sale, ou l'as-tu déjà prise
et mise dans une assiette ?
La voici, regarde-la au milieu de la table
briller comme le Saint-Graal
avant d'être dévêtue de son écorce
avant d'être ouverte en deux.
Nous aurons la bouche pleine de son sang.
Ouvre le livre au hasard ; fais-le tomber par terre ; n'y pense plus.
Qu'as-tu appris aujourd'hui, qu'as-tu oublié ?
le monde est une unique création
et vers elle sans le savoir on se dirige solidaires
comme les mains, ou les pieds, les yeux,
comme entre les lèvres les deux rangées de dents
qui se joignent en mastiquant.




Sacré et profane

Quelquefois, surtout quand le vent souffle, surtout
assis sous les arbres qui empêchent
avec le bruissement des branches de se comprendre et d'entendre
autre chose que ce bruit, je me souviens de n'avoir pas
rendu une paire de gants en daim
à un garçon qui maintenant est mort.
Certains aiment la glace au citron, certains
pas trop. Nous étions assis trop loin et nous n'avons
pas entendu sa plainte qui a duré plus d'une heure.
Une heure ? J'ai bien entendu ? Qu'est-ce que tu as dit
au sujet de la glace ? Les offenses que j'avais juré
de te rendre au double dansent et m'entourent
et s'inclinent, puis s'en vont vers le silence.
Je ne suis pas sûr que même l'allumette brûlée dans le caniveau
soit sacrée, et peut-être même pas de marcher
les yeux clos à travers la ville en se faisant tenir par la main.
Le Roi du Pont mourut pour n'avoir pas retenu son nom
mais c'est ce qui lui attira la sympathie et les dieux des enfers
le recrachèrent sur la terre, plus vivant et puissant qu'avant.
Si nous avions connu la réponse nous aurions gagné
mais nous avons été éliminés et puis il fait trop chaud pour étudier
il fait trop chaud aussi pour soulever le broc
il fait trop chaud pour admirer, parmi les fleurs, la plus belle
la fleur aveugle, le coquelicot.


; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; de : Sintassi italiana, Guanda
; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; . . . . . . . . . . . . . . . ; ..................................; ; ; ; . . . . . . ; ; ; ; ; ; ; . . . . . . . . - - - - - - - - - - - . . . . . . . . . © les auteurs et CIRCE

jeudi 9 octobre 2008

Sara Ventroni

Sara Ventroni est née à Rome en 1974, a publié dans de nombreuses revues (Nuovi Argomenti, L’Immaginazione, Accattone) et collabore avec les quotidiens Liberazione et Il Foglio. Son premier recueil Clarissa e altre poesie a paru en 1997. Elle a remporté le premier “poetry slam” italien. Son recueil le plus récent, Nel Gasometro (2006), a été édité par Le Lettere avec une préface de Elio Pagliarani.




Des ouvriers perchés sur les poteaux électriques le matin
que font-ils, là où ils réparent la panne ?
Et même si l’on est parti pour un travail de manutention
je suis d’accord avec ceux de la gare
dans leurs combinaisons fluorescentes.
D’autres déposent des auvents d’amiante, les antennes
comme assorties aux vieilles branches d’autres temps défunts :
les branches se figent, le ciel ne bouge pas.


Il fallait se mettre des gants et un masque fin
............................................................en papier
devant la bouche, de grosses chaussures en fibre
au cas où couleraient d’autres scories. Le fer enlevé :
eau mêlée à la rouille, eau mêlée à la terre
qui se fait boue. D’autres déplacent des socles
..............................................................de ciment
et dispersent du gravier en utilisant de l’air
comprimé, un souffle direct qui détache.
Les vers sont sous la pierre, la mousse a poussé
dans le transformateur.

D’autres encore s’en tiennent aux instructions, à l’hygiène.
Ils n’avancent pas au hasard mais exécutent, ils ne parlent même pas.


Bien sûr quand un essieu cède on doit changer l’os
et l’os qui circule dans le sang est pollution.
Autour d’un autre axe un autre os un autre corps
il faut verser, étaler d’un pot de peinture
une langue nouvelle par terre comme un terrain rouge.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - de : Nel Gasometro


"Psaume, calme"


Tout est à sa place. Sur un côté
repose le revêtement
de la route.

L’asphalte arraché, on a dit : en dessous
il n’y a pas de boue
mais encore de l’asphalte et des formes d’insectes
prises dans le ciment.

Les squelettes, les ailes, les pattes,
sur lesquels tu repasses
et dont tu imprimes la forme
retournent à la lumière
émiettés
aux signaux recouverts
des panneaux renversés
blancs et rouges

de la route.

........................................................
- - - - - - - - - - - - - - - - -- - - - - - - - - - - - - - - - - - - -de : Salmi

© les auteurs et CIRCE

lundi 1 septembre 2008

Cristina Alziati

Cristina Alziati est née en 1963. Traductrice. Après avoir étudié la philosophie, elle a travaillé dans une association d’aide aux immigrés clandestins à Milan. Elle habite aujourd’hui à Berlin. Sa poésie s’inscrit dans le sillage de celle de Franco Fortini, qui a introduit ses premiers textes en 1992. Son recueil A compimento a paru chez Manni (Lecce) en 2005 et a obtenu le prix Pasolini poésie "Opera prima" l'année suivante.



a G.
[…]

Sono venuta da te questa notte.
Ma già ero stata dentro l’alta
luce sui campi dove dormi forte,

già il corpo immenso delle erbe ero
alla tua, inter ligna silvarum,
ombra ferme tremate, mio melo.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .(inedito)


* * *




Le ciel était de chaumes sur les molles
eaux de Bavière, je sortais de la Stube
ancienne odeur, de poussières et de peaux
de la sueur – je sortais, et tourbillonnant
vent et neige, et moi, la tourmente
déjà nous enlevait aux heures qui restent –




flores apparuerunt

Il y avait aussi les noms, je crois
ceux qu'identiques nous donnons à chaque chose
et les nuages, dont il faudra bien
en un des jours que nous parlions,
et mille graines que des mille espèces
dans notre terre dissipées, nous,
parmi de très anciens points de suture
en réserve nous cachons – enfin il y avait
une récolte, je crois me souvenir
juste dedans le silence, juste pendant
qu'entre nos dents fondait le silence
et amica, un choeur d'eau se rassemblant alors,
mea surge saluait –





à G.
[...]

Je suis venue vers toi cette nuit.
Mais j'avais été déjà dans la pleine
lumière sur les champs où tu es endormi,

déjà j'étais le corps immense
sous ton ombre, inter ligna silvarum,
des herbes immobiles tremblées, mon arbre*.


.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . (inédits, 2007)

. . . . . . . . . . . . . .* trad. Chouraqui (Cantique des cantiques) : "comme un pommier parmi les arbres de la forêt...".

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