porta

porta
Daniela Iaria, "Attraverso la porta bianca-fiume", 39x41 cm, 2004.

mercredi 7 septembre 2011

Raoul Precht

Raoul Precht, né à Rome en 1960, vit et travaille à Luxembourg (LU). Traducteur de l'espagnol et de l'allemand (Auerbach), il a publié en 2004 le recueil Vaga favilla et des études sur la langue littéraire ; il est présent dans l'anthologie "Scrittori italiani in Lussemburgo" (2010), et collabore à diverses revues. En 2008 a paru son premier roman Senza tracce, muto come affonda una nave (Foschi).


Lo specchio dell'albergo...


Le miroir de l’hôtel se réduit

à un caléidoscope d’étranges reflets

recomposés fragment après fragment

par le visage défait d’un passant qui a beaucoup

marché. Je m’approche et vérifie

que dans les invisibles fissures du verre

rien n’ait disparu, pas même une des rides

conquises sur le terrain d’un déplacement

à l’autre, par la confusion des temps.


Mais la surface lisse et uniforme

de la partie que je libère de sa buée

ne confirme pas les craintes, fruit de la fatigue.

Tout est là, jusqu’à la moindre trace

de la boue et des ronces que j’écrase

toujours. À ceci près : ici,

les buées l’emportent,

brumes virant au sépia,

dimension aquatique.



Ville de fontaines byzantines et de citernes,

d’une humidité qui ronge

et régénère, ville dessinée

de rigoles et de flots piquants

dans la foule des rues

du bazar, c’est ici que je m’arrête,

Orphée aveugle, pour te perdre un instant à peine,

ô ma stabilité, derrière les reflets

colorés de la Yerebatan Sarnici.


. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .© les auteurs et CIRCE

mardi 16 août 2011

Michele Sovente

Michele Sovente (Monte di Procida 1948-2011), poète des Champs Phlégréens en italien, en latin, en dialecte de Cappella - très proche du napolitain -, parfois en français, a obtenu le prix Viareggio pour Cumae dont sont tirés ces deux textes (1998). Dernier recueil paru, Superstiti (Survivants), S. Marco dei Giustiniani, 2010. Il dénonçait "l'autophagie sans bornes" de sa région bien-aimée, où il avait su trouver un lectorat attentif, tout en explorant avec passion et en faisant vivre cette culture hybride, multiple et changeante, chaque jour au bord de sa propre catastrophe. Il a été peu traduit en français.




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Arbre et oiseaux

Mihi sunt… / C’est à moi

Ces bras c’est à moi des yeux
je touche et vois de pâles
ailes dans les eaux, des queues
peu à peu dans mon sommeil
d’obscures fenêtres
je les sens miennes nuées
nouées, des branches c’est
à moi des vertèbres, et donc
m’émeuvent des fragments
de lumière engloutie, de suintantes
pustules m’effleurent
et des ongles me desquament,
mille fois en feu c’est
à moi ces feuilles frontalières.


Aves / Oiseaux

Entre eux les oiseaux
se partagent les airs, portant
lumières et désirs sur leurs ailes
de l’hiver à l’avril.
Leurs souffrances, leurs routes
par les vents mauvais,
en grincements plus longs
que de bourbeuses portes, aux oiseaux
des oiseaux vers la nuit doucement
par le menu racontent.


; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; ; .. de : Cumae, Venise, Marsilio, 1998
.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .. trad. du latin : J.Ch. Vegliante
.. . . . . . . . . . . . . .. . . . .. ... . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . .. . © les auteurs et CIRCE

lundi 11 juillet 2011

Andrea Zanzotto

[... suite...]



II

Mais où l'errance de notre réveil dans tes
serpentines et innocentes trames
où rassasies-tu du bien mental
la faim, en quels espaces, en quels vides d'un autre pouvoir.
Il n'est songe ni stase ni ardeur
. . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. Ellébore
qui approprie à chaque créature
chaque distance de soi, et qui l'appelle
ou en ne te laissant pas trouver la redonne à soi
ici et là par l'immense des chambres
soudaine feuillaison jusqu'au noir des pétales noirs
devant eux je vois, je deviens clairvoyant
devant la fenêtre qui donne sur les monts et sur
la sempiternelle guérison. Et les trames
de la guérison soupirées et la sempiternelle guérison et les maternels
habits, et les habits et les livrées de la guérison crépitant
de lumières extérieures, tout à coup tu me les caches, ou à voix
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .. . . . . .. . . basse
proposes et vantes
comme voudraient les mots, mais ici
ils glissent en paralysie, en intérieurs de poésie - [ainsi] et [ainsi.]
Tombent au contraire en silence de cireuses circonstances
.. Ellébore
de pétales - du blanc au noir -
pour dir-divertir (si les dryades le permettent et les bibelots de
bois-intérieurs) de ce que fut chaque amour-folie
chaque acronyme
chaque rébus d'esprit-folie

Et entre-temps, dans le tremblement des intérieurs
tu deviens fleur de lune et givre et d'aube fine entre les mains
recueillie - aube de pensée rare et étrangère,
qui osa changer chaque sommet ou racine
en sombre humilité. Retiens-nous, toi, offert à tant
de coins ravis, de la maison, du crépuscule-maison . . .. . . . .Ellébore
retiens-nous avec toi et avec le monde non par des forces
presque d'hypnose, mais de roses phases
parmi de noires racines et pétales du vert ; toi force
en trajectoires allégées, donne
hypnose plutôt à chaque schizome, thériaque*
sois de millièmes de variétés d'êtres
sapide, dignité qui apaise,
guéris-nous ou précoce ou ancien ou en fuite ou immobile
halo qui disperse et trompe
toi ramené du fond des marais d'intérieurs
du plus ancien lait, latex, qui brille,
et aveugle par ta noirceur
tiges et pétales et racines de Sibylle.

* Électuaire vénitien, la thériaque se composait de nombreux ingrédients et on la trouvait en pharmacie il y a encore quarante ans. Souvenir de la panacée.

. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. .. . . (Ed. Mondadori)

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. . . . . . . . . . © les auteurs et CIRCE


samedi 4 juin 2011

Andrea Zanzotto

On ne présente plus Andrea Zanzotto, sans doute le plus connu (et aimé, y compris en France) des poètes italiens contemporains. Il nous importe peut-être de rappeler la présence têtue chez lui d'une tension plurilingue, voire d'une utopie de communication entre les langues - à tout le moins, entre langues romanes. Né à Pieve di Soligo, où il vit, en 1921, il s'est imposé d'emblée avec un recueil dont nous aurions pu, ici, emprunter le titre : Derrière le paysage (Mondadori, 1951). En 1999, il a rassemblé l'essentiel de son oeuvre dans le "meridiano" du même éditeur, Le poesie e prose scelte. Successivement ont paru d'autres importants recueils, dont les Scritti sulla letteratura qui l'imposent aussi comme une voix critique majeure de ce début de XXI° siècle, ainsi que Conglomerati dont est tiré le diptyque Ellébore ; nous sommes fiers d'en proposer aujourd'hui - pour commencer - la première partie.



Ellébore: ou quoi donc ?


I

En chaque chambre, en chaque secret
interstice je te rencontre, vous rencontre, ellébore
bouquets au pied caché, souterrain
en soignante folie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..... . . .Ellébore
multiples et doux comme vos caresses
de feuilles qui ramènent
de la chambre de la maison
à celle de la petite vallée
plus simplement perdue et mouillée en elle-même ........Ellébore nom
et dans son propre hivernal interstice . ... .. de tant d'espèces de plantes
son propre enraciné indice . . . . . . . . . . . . . .. .. liées en énigmatiques
de beauté ou obscurité toujours en délire. . ..... . .similarités de racines
Si légèrement se donner, caressé . . . . . . . . .. . .. ..rhizomes de poisons
. . . ..en soi, étendu en enthousiasme apaisé . .. .. .convergeant parfois
Oh, calme, Calme, ellébore . .... ... . . dans les rosalités les plus profondes
sont tes duplicités et tes corolles-caresses .. ...... ..(: des dictionnaires)
humbles comme les guéries folies
en ces suites de chambres
subrepticement épanouies et puis récupérées . . ... ....... ..Ellébore
. . . .. .en rampant
Ellébore n'est plus ton nom
en quelques vagues erreurs des saisons
tu es carneval qui est distance et dégringolade
dans le monde renversé où tu t’insinues
par des coteaux domestiques le long d’apaisés et modestes noms
de caméléon à peine visible, mais
présente petite plante petite sœur pour nous peut-être morte
en voulant guérir nos folies –
dans les interstices, dans les chambres harpies
de la maison et non maison, du poème aux plus
menaçantes règles et dissymétries.
Oh adieu à ta carnavalesque .. . . . . . . . . .. . . . .... ..... ..Ellébore
et rose bécotée
soudaine résurgence et puis rapide disparition.
Emporte avec toi ce qu'il y a de plus secret
et surdigne et brûlant de fièvres
dans la lampe torve d’acariens des tapis d'intérieur,
médication que tu rends médication
ton glissement même quand tu te relies à l’idée
de folie, de sorte qu’en la fuyant tu nous gouvernes
. . . . . ..disparaissant-disparaître
. . . . . ..intersticer-fou de feuillets roses
.. . . . . .potion-consommations de feuilles peut-être noire mégère.



..................... . ........de: Conglomerati, Milan, Mondadori, 2009


. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..© les auteurs et CIRCE

mardi 3 mai 2011

Gualberto Alvino

(Rome, 1953) Depuis sa thèse de doctorat sur Antonio Pizzuto, il n’a cessé de s’intéresser aux « irregolari » de la littérature italienne, comme Stefano D’Arrigo, Vincenzo Consolo, Sandro Sinigaglia ou Nanni Balestrini. Il a collaboré à de nombreuses revues scientifiques, mais il publie aussi, à partir des années 80, des nouvelles, des traductions (Blake, Eliot, Thomas) et des poésies. En 2008, sort son premier roman, Là comincia il Messico et en 2010 un recueil de poésie Da caccia, da séguita e da ferma (Mirkal Ebook).


Pepe

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . Pour Aurora, toute proche

déjà au premier tiers de son cours
à bien y regarder
pendant qu’il dormait avec son grand-père sur leur lit de feuilles
dans la moiteur crissantes à chaque mouvement

il paraissait parler dans son sommeil
vomissement rots accès de fol’amor alors qu’il comptait

les poires cueillies par les filles d’un quatrième lit, les changeait . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. en talents
ne savait même pas son nom
quatre femmes et pas une reine

pedicabo et inrumabo
la dernière morte en tombant à cause d’un philologue ivre

dans une taverne défoncée
un demi quintal sur la tête, un fœtus à quelques jours
elle devait être ma mère, son cheval Baron
accourait au premier sifflet

son fils semblait plus vieux que lui, il l’appelait papounet
en touchant son torse de son menton à son passage saluait
bien bas de modeste manière
tel un rhabdomant avec son ancestrale baguette de merisier
tu peux marcher sans ?
cette façon fin de siècle presque rustre

un pain farci deux bières brûlantes
d’office sur la table vendredi jour de marché il y avait presque . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . .. . . . . . .. . . .toujours

le soleil les filles les montres étincelantes des frères
tous ses petits-enfants conduisaient les camions

selon 4 ça sent le sous-bois les champignons trop vieux
9 dit qu’au milieu de l’aire il y a une trappe
couverte d’un bout de tonneau aplati sous lequel
s’ouvre grand tout un monde preuve en est que

la puanteur les murs lépreux
la tante belge ne revenait que pour se baigner dans la rivière

et en ramener l’odeur aux copains de la mine plongeait
trois fois d’un tronc puis battait ses chemises
sur les pierres les pétrissait en remuant
les hanches pour son symbiote de mari posté
sur la centrale ses moustaches acérées Charleroi
vibraient à chaque bouffée

saxophone sur le petit doigt bandes d’enfants
apprends-nous la musique

des poissons sortaient leurs petites têtes des trous au rythme de
il fumait sans filtre en toussant non sans pudeur puis
repartait avec des rires la tache d’humidité au plafond
ce fut le premier tableau qu’il vit

tel est le destin de tout précurseur
exactement

j’y retrouve tous les éléments
du premier au dernier

difficile à croire mais une étymologie ne se cherche pas elle se trouve
du cercle au centre
du centre au cercle
lui conférant sa tonalité particulière
embardées hors des analyses de style
libre complètement exempt de
perturbatrices interférences
avec une fougue de cruciverbiste

en démêlant le fil de l’écheveau embrouillé
tout un enchevêtrement d’images chacune avec son

arôme celles des songes ne sont plus allumées
s’organisent par groupes souvent en conflit

et dire qu’ils ne peuvent pas se passer
l’un de l’autre, du reste on le sait
les faibles vont vers les faibles
de forts il n’y en a pas et pourtant les cuirasses

sembleraient du meilleur alliage
mais il ne faut pas croire que l’herméneutique

soit déformation c’est un contresens
étant donné que l’œuvre n’est pas forme mais tension

on dit l’interprétation est d’autant plus authentique qu’elle
évite de se livrer à la distorsion
demande pourquoi l’œuvre devrait devenir part
de notre présent

je ne sais mais il est clair dès cet instant
que l’amour infini pour la langue

je le revendique, le droit d’affirmer
en pleine science et conscience
est la première étape d’un parcours
florebat olim
rayonnant
en mille directions

qu’adviendra-t-il du cerisier ?

[Inédit en volume]

........................... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . .. . . . .© les auteurs et CIRCE _________________________


Pepe-transduction

[en/- tradu/cen/isant/do]
Per/our Aurora, toute pro/chessima
pro
à t de s c
bn der
= RESTES .. . . . . . . . .dorm su d ((spathes))
crant
sem parl so
r t fol’amor a
le pre e le fi d’ qua lt, le a n talent

______________


déj/già nel primo au premier terzo/iers de/l suo/on cors/ours/o

a/ à be/ien y ve/regarder/e

mentre pendant qu’il dorm/ait/iva col avec son nonno grand-père su/r/l / un giaciglio lit di/e sponze feuilles

dans la
nell’umidore moiteur cr/iss/occhiant/esi a/à ogni chaque girata mouvement

il
sembr/l/ava/ait parlasse/er nel dans son so/mmeilnno

vomissemen
t/o ru/ots/ti accès/essi de/i fol’amor alors qu’i/invece/l cont/compta/

le/s pe/oire/s rac/cueilli/olte/s da/ par/le/s fi/lle/glie/s di/un qua/trième/to le/it/to le/s tramut/change/ava/it i/en talent/s/i



(transcr. J.Ch. Vegliante)


jeudi 7 avril 2011

Fabio Franzin

Fabio Franzin est né en 1963 à Milan, mais vit à Motta di Livenza dans la province de Trévise. Parmi les poètes-ouvriers contemporains les plus intéressants, il a écrit la plupart de ses recueils dans le dialecte trévisan de sa province. En 2009, il remporte le Premio Pascoli pour son recueil Fabrica (Atelier, 2009). Le poème ci-dessous est extrait de son dernier recueil, Co’e man monche [Con le mani mozzate] (Le voci della luna, 2011), dont les poèmes en dialecte sont accompagnés des traductions en italien de Franzin lui-même.




Le peuplier


A piòpa




Assis sur un banc du jardin public

je regarde ce peuplier planté dans

la cour de l’école primaire,

ce peuplier grand comme un palais


je le regarde en cette journée morne

de novembre, morne de nuages bas,

certes, mais aussi pour cette crise qui

ne passe pas, après un an et demi


d’allocation-chômage, le travail disparu

même des pensées, de l’espoir.

Je le regarde, ce balai de tiges nues,

de gribouillis noirs contre le gris.


Seules là-haut, là au bout – presque

une couronne, un panache ridicule,

comme un squelette en perruque –

encore toutes les feuilles attachées.


En ce peuplier je vois écrite la réalité :

aucun automne, aucun hiver jamais

ne dépouille qui a grimpé au sommet

de l’échelle, jusqu’au nid plein de sous,



aucune feuille ne se détachera pour tomber

dans la boue, dans une flaque d’eau

trouble, salie par les fientes,

foulée par les pas, par l’histoire.



trad. du dialecte trévisan Ada Tosatti


.... ...... ...... . . . . . . . . .... . ... .... .. . . . . . . ..... . . . . .© les auteurs et CIRCE


vendredi 11 mars 2011

Mariangela Guàtteri

Née à Reggio Emilia en 1963, Mariangela Guàtteri se situe elle-même à la frontière entre arts visuels et écriture. Elle a travaillé avec Giovanni Nicolini au CKCKC Project-Virtual space without Styles & Categories, impliquant divers artistes dont certains de Fluxus; de là, - édité par Valerio Dehò -naît Icone, mimesi, virtualità. Una conversazione virtuale tra Eric Andersen, Alessandro Mendini, Giovanni Nicolini, Mariangela Guatteri, Ottomar Kiefer (1995). En 2005, elle publie son premier recueil poétique, Carbon copy (Cc) présenté par Gian Maria Annovì (éd. Il Foglio), textes travaillés avec des musiciens et sound designers. En 2009 paraît EN (d'if). Elle figure dans plusieurs anthologies et revues (papier et en ligne); la version originale de cette Trilogia est visible dans le blog de Rita Florit, Sottopelle.


Trilogie (de : Deux dimensions)


......



1
[le Pouvoir]

pouvoir
...............[la détention d’existence]
une forme de pouvoir
...............[le maniement d’un processus volontaire d’une altération]
c'est un pouvoir
...............[l’état perceptif qui organise les données]
objectifs : des visions
...............[dessins sonores
...............corps d’odeurs
...............ultraviolets émergents
...............formes en chaleur]
comme en un songe
poussière en révolte
qui montre les faces :
X sur les choses
irradiations

et alors, que des os

un état de propreté
un accès immédiat

transmet l’existant

[communique]

sauve


2
[le Plaisir]

plaisir
...............[l’abandon d’un état d’existence]
une forme de plaisir
...............[le maniement d’un plan de limite d’une autopunition]
c'est un plaisir
...............[l’état perceptif aiguisé sur un sens]
objectif : des visions
...............[dessins sonores
...............corps d’odeurs
...............ultraviolets émergents
...............formes en chaleur]
comme en jouissance
dans une étreinte totale
avec le monde aux limites :
XXX sur les choses
(écartements)

et alors, que la chair
...............[un état corrompu]
un accès violent

pénètre

et serre

désire

vit


3
[la Douleur]

douleur
...............[une ligne limite d’existence]
une forme de douleur
...............[l’état d’une anxiété collective qui déserte la mémoire]
c'est une douleur
...............[l’état perceptif qui s’avale]
objectif : des visions
...............[dessins sonores
...............corps d’odeurs
...............ultraviolets émergents
...............formes en chaleur]
comme une urgence
un conflit des nerfs
qui finit en peur :
X sur les choses
(disparitions)

et alors, que des ombres
...............[un état caché]
un accès empêché

propage l’infection

[meurt]

déclare



. . . . . . . . ... ................................ ....... ... .... . . . . . © les auteurs et CIRCE

samedi 5 février 2011

Alessandra Frison

Alessandra Frison est une (très) jeune poétesse milanaise - née à Zevio -, dont nous avons aimé les textes, inédits, que nous sommes fiers de proposer ci-dessous. Elle a publié dans l'Almanacco dello Specchio (Mondadori) 2008; elle présente régulièrement son travail grâce aux pages http://alessandrafrison-blog.myblog.it/ , où l'on pourra trouver d'autres poèmes.

Inediti:

La pioggia svuota ogni sospetto di vita
dalle lenzuola tirate fino al limite
non ti fa vedere
il carico delle ore la mattina
presto tutti sono svegli
già alla loro corda
e ti dovresti impegnare fino a quel punto
fino ad asciugare il sonno
molle e refrattario termine di
chi esiste l'indispensabile
in tempo appena per sfollarsi di casa
così mi dico
dopo una giornata che squadra
i centesimi di ogni dignità,
dopo l’onda scarica
meccanica disillusa dei semafori alla stazione
tra il medioevo delle strade, sono
la più incerta finestra del mondo.

*

La pluie vide chaque soupçon de vie
des draps tirés jusqu’à la limite
elle ne te fait pas voir
la charge des heures le matin
tôt tous sont réveillés
déjà à leur corde
et tu devrais t’efforcer jusqu’à ce point
jusqu’à assécher le sommeil
alangui et réfractaire terme de
qui existe l’indispensable
à temps tout juste pour s’évacuer de chez soi
c’est ce que je me dis,
après une journée qui mesure
les centimes de chaque dignité,
après la vague déchargée
mécanique déçue des feux rouges à la gare
parmi le moyen âge des rues, je suis
la plus incertaine fenêtre du monde.

***



Sono sparite le ultime case
e i cancelli coi minuti addosso
si mangiano l'anima.
Non lo posso scrivere
questo cuore che si interra
colora un’estrema scaglia di me
tra i capelli o sotto
la limatura del gesso
che ancora è schermo di vita,
completa distanza da chi ti infiora
da chi si perde alla fine come la piega
sul libro la pagina bianca
il tuo nome.

*

Les dernières maisons ont disparu
et les barrières pressées par les minutes
rongent l’âme.
Je ne peux l’écrire
ce cœur qui s’enfonce sous terre
colore une dernière écaille de moi
dans les cheveux ou sous
la poussière du plâtre
qui est toujours écran de vie,
complète distance de qui te fleurit
de qui à la fin disparaît comme le pli
dans le livre la page blanche
ton nom.

***


Non si può sapere
se la corsa è data come parte
da spartire
fino al fondo dell’insegna
– là in fondo a destra –
per lasciarmi smemorare la voce
che compensa vagoni di facce,
lo sfogo di una giornata,
la camera del mondo all’ingorgo
della Stazione Centrale,
qui è la foce del silenzio
e segue alla piena delle ore
un esordio di immagine
Milano
che scuote la fatica dello stare
a guardare e spegnere l’ombra
per ogni colpo inferto
il viverci dentro
è il male minore.

*

On ne peut savoir
si la course est donnée comme part
à partager
jusqu’au fond de l’enseigne
– là au fond à droite –
pour me laisser en oublier la voix
qui compense des wagons de figures
le défoulement d'une journée,
la chambre du monde à l'engorgement
de la gare Centrale
ici est l'embouchure du silence
et à la crue des heures fait suite
un exorde d'images
Milan
qui secoue la fatigue de rester
à regarder et éteindre l'ombre
pour chaque coup infligé
y vivre dedans
c'est le moindre mal.

***


Mi lascerò diluviare
oggi sulla strada fino a casa
fino al pasto che aspetta
come ogni sera le sue bocche
quello che si chiama vita
è riconoscersi piano
dentro i soliti conti
dentro le tasche o
i corridoi strappati dalle facce,
dopo che anche il treno
farà amari i ricordi
con le voci frante dai telefoni
gli assalti di buio nel buio,
aperta quella sola dolcezza, una parola,
la più volgare ironia si dispiega arte
tra le mani comunque verdi
comunque dall’altra parte del tempo.

*

Je me laisserai déborder
aujourd’hui sur la route jusqu’à chez moi
jusqu’au repas qui attend
comme chaque soir ses bouches
ce que l’on appelle vie
est de se reconnaître doucement
dans les comptes de toujours
dans les poches ou
les couloirs arrachés aux visages,
après que même le train
aura rendu amers les souvenirs
avec les voix brisées aux téléphones
les assauts de noir dans le noir,
ouverte cette unique douceur, un mot,
l’ironie la plus vulgaire se déplie en art
entre les mains quand même vertes
quand même de l’autre côté du temps.

***


E sempre aspettando
il suono acre del mezzogiorno,
i motorini invaghiti, le case alla frontiera del sole,
la vita sospesa
in quel pasto ormai inutile,
sapremo che l'estate
è una sorpresa di luce nel sottobosco.

*

Et toujours attendant
le son âcre de la mi-journée,
les mobylettes entichées, les maisons à la frontière du soleil,
la vie suspendue
à ce repas devenu inutile,
nous saurons que l'été
est une surprise de lumière dans le sous-bois.


. . . . . . . . . . ... . .. . . . . . . .
De : Assaggi Generali (inédits)
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
© les auteurs et CIRCE

mardi 4 janvier 2011

Andrea Ponso

Andrea Ponso est né à Noventa Vicentina en 1975; diplômé de Padoue, il s'occupe de Littérature comparée. Il est présent dans l'anthologie I poeti di 20 anni procurée par Cucchi et Santagostini (Ed. Stampa Varese); en 2003, il publie La casa (Brunello, Stampa) et une plaquette aux Grafiche Fioroni; de nombreux inédits, comme ceux que nous traduisons ci-dessous.


L'ira del chiaro

XIII

Parvenus, comme bulbes infidèles à l'estuaire, les chevesnes
Hivernent un sommeil de sang, rêvent de tièdes
Aquatiques fourmillements : non le crochet profond
Qui dégoutte, le flanc terreux et corrodé
De quelque résurrection - mais ce reste inquiétant
D'attirail qui orne et manque le reflux
Soyeux des naissances, l'auréole qui centuple
Et décapite.

________



"Macchie" (ined. 2005)

Entre la serre et l'oxyde des enclos, comme à deux pas
le soyeux accroc du gibier : ainsi à chaque front
ployé dans la lumière devra s'arrimer un verso idiomatique,
la crasse des dialectes. Prendre soin de la niche douce
d'une langue d'engrais - les reins ensanglantés
de la mort, le ventre compact des naissances,
le pavé des fosses.

***

Les flancs encore chauds, appuyés au portail, la haie arrachée
par une fureur naturelle. Tu t'écartes, nous rentrons : la lumière est
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ; . . . . . .. . .éteinte
mais l'écorce brûle encore. Les empreintes restent là
pour dire la férocité d'une fureur passée. Les mains désormais sont
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . ; . . . . . . .autre chose,
elles appartiennent à une limpidité sans ressources, à un noeud
lâche, au calme du jamais fini.


. . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . .ccnn © les auteurs et CIRCE



mercredi 1 décembre 2010

Italo Testa

Italo Testa est né en 1972 à Castell'Arquato. Il enseigne la philosophie politique à l'université de Parme. Il a publié en revues ; puis le recueil Biometrie, dont il dit qu'il veut "mesurer ou scander la vie", en 2005 avec Manni (Lecce) ; en Allemagne, une édition trilingue de Venezia doppia (en 2008) et récemment La divisione della gioia (Massa, Transeuropa ed.) dont nous avons traduit la section ci-dessous.



. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Mattinale

Matinale



1.

Fincantieri, 3 a.m.

trois heures du matin. les pelles mécaniques
découpent en champs bleus la nuit :

aux arrêts d'autobus le sternum
se soulève, s'abaisse, suit son rythme

sourd, éclairé par la lueur
du gaz qui s'enflamme sur les chantiers.

celles aux coins, à qui le passant
a vendu hier son innocence

regardent immobilisées les phares
entre les containers nus sur l'esplanade.

sans appétit pourra se nourrir
le chauffeur insomniaque au kiosque

où une aiguille descend sur la langue
si on n'attaque pas la vie à coups de dents :

et avec la lumière qui déferle sur les avenues
le dégoût essaime, et ton souffle peut

se rapprocher de celui des autres
qui aiguisent leurs talons contre les poteaux

semblables, toujours, sous cette apparence
aux buses à l'affût sur les vallées,

les voitures filent et agrippent,
déposent les os parmi les feuilles :

trois heures du matin, les pelles mécaniques
fendent encore la nuit, et immobile

le héron tapi sur les rochers
rêve de sa proie parmi les salicornes :



2.

Saipem, 6 a.m.

la lumière plus que tout, et les citernes
blanches, alignées le matin

comme un troupeau dispersé dans l'azur

et puis les grues qui tournent leur ombre
sur le mur et, lustrées, émergent de l'eau

pour combler les vides entre les nuages :

chaque chose salue quand, tout blancs,
étincellent les câbles haute tension

dans la poussière suspendue de l'aube

et à flots les coquelicots teignent
le blé encore vert et entourent

les piliers de béton en construction.

chaque chose s'est laissée voir
par le trou des toiles orangées

des clôtures aux bords des chantiers :

les gravats dorés, des flaques d'eau
de pluie derrière les bétonnières

inertes et revêtues de lumière.

chaque chose depuis la voiture qui passe
se montre incompréhensible et claire :

la carrière et les bancs de gravier,

ta tête ensommeillée, ma vie
conduite à travers la vitre parmi les choses

abandonnées sur les dunes herbeuses :


3.

Cryon, 7 a.m.

il n'y a rien d'autre
que le coquelicot et le genêt
qui brille dans les chantiers :

sous un câble un merle
regarde le ciel émaillé, immobile
sur la boue luisante

entre les pylônes
une bave de lumière dénoue
filaments et trames végétales
au-dessus de la Cryon

dans le blanc immaculé
un nuage de fumée
encore pour un instant
suspendu, déjà parti.

* * *


Bancs de gravier et lumière poussiéreuse
et un canal qui brouille le sommeil :
la dorure, le matin large
rampe le long de l'autobus qui roule.
le lent cortège des remorques
sur l'asphalte déjà chaud et brillant,
la germination insidieuse des ailantes
cachés sur les bas-côtés, parmi les franges
lustrées, dans un fouillis de feuillage
le vol résiduel d'un héron
et déjà entrevues, dans la fuite des branches,
les sèches calcinées par la lumière.


. . . . . . . . .. .. . . .. . . .. . . . . . . .De : La divisione della gioia (2010)

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .©.les auteurs et CIRCE