porta

porta
Daniela Iaria, "Attraverso la porta bianca-fiume", 39x41 cm, 2004.

mercredi 6 octobre 2010

Felice Piemontese

Felice Piemontese, est né en 1942 et vit à Naples. Il est journaliste à la Rai et critique littéraire au "Mattino". Il a notamment publié le roman Epidemia (ed. Pironti, 1989), Autodizionario degli scrittori italiani (1990) et un recueil de poésie intitulé La città di Ys. Plus récemment, il a publié Dottore in niente (Marsilio) et Fantasmi vesuviani (Hacca, 2009).


1)


aggiungo che siamo seduti (con molto piacere) al solito

bistrot di place de la Contrescarpe, carissimo

e inutilmente chic (questi erano un tempo

i luoghi della racaille, ma Parigi,

direbbe M. de la Palisse…), e bevendo

parecchi bicchieri di brouilly, fresco

come talvolta usano in Francia, finiamo

a parlare degli amici scomparsi, proprio

come fanno i vecchi. L., dico, aveva ancora

tanti progetti, basta pensare di essere

immortali, diceva, anche se sappiamo bene

che non è vero (e lui lo sapeva già

meglio di tutti). Un altro quartino

di rosso ci fa ricordare di quando

scrivemmo, insieme, un testo che intitolammo

L’eternità commestibile”, e il titolo

ci piaceva moltissimo, il testo anche, e lo mandammo

in giro per il mondo (avevamo amici

dappertutto, tutti convinti che fosse il momento

di cambiarlo, il mondo). Un ultimo bicchiere

di vino servirà forse a tenere lontani

i folletti del terrore, per un po’, ma è lunga

la notte



j'ajoute que nous sommes assis (avec grand plaisir) à l'habituel

bistrot de la place de la Contrescarpe, très cher

et inutilement chic (ici c'était autrefois

le quartier de la racaille, mais Paris,

dirait M. de la Palisse...), et, en buvant

force verres de brouilly, frais

comme on le sert parfois en France, nous finissons

par parler des amis disparus, exactement

comme font les vieux. L. - dis-je - avait encore

tant de projets, il suffit de penser que l'on est

immortel, disait-il, même si nous savons bien

que ce n'est pas vrai (et lui le savait déjà

mieux que tous les autres). Un autre petit quart

de rouge nous fait nous rappeler de cette fois

où nous écrivîmes, ensemble, un texte que nous intitulâmes

"L'éternité comestible", et le titre

nous plaisait beaucoup, le texte aussi, et nous l'envoyâmes

à travers le monde (nous avions des amis

partout, tous persuadés que c'était le moment

de le changer, le monde). Un dernier verre

de vin servira peut-être à tenir à distance

les lutins de la terreur, pour un peu, mais elle est longue

la nuit


2)

diceva che l’osteria è il centro del mondo,

l’amico poeta Gerald Bisinger, perché l’osteria

è l’unico posto in cui

si può parlare di tutto, di donne e del

mangiare, di vino e di cronaca

nera, di politica, dei capricci del gatto, e perfino

di poesia. Per il festival (arrivò

con un bagaglio pesantissimo, perché si portava

dietro, scoprimmo poi, decine di bottiglie) riuscimmo

a trovargliene una, di osteria, sotto Castel

dell’Ovo, dove trascorse gran parte

del tempo da solo, bevendo pessimo vino

rosso, fin quasi a inebetirsi. Era più triste

di un lutto, come avrebbe detto qualcuno, ma riuscì

a leggere le sue poesie, in italiano, e senza

incespicare, con un piacevole

accento. Vado ogni giorno con la soprelevata

dal quartiere di Friedenau a Wannsee, a Berlino,

diceva, così mi vedo un bel pezzo

di mondo, ed è piuttosto piacevole,

in fondo. Da tempo ci siamo persi di vista,

e di un poeta è difficile sapere

anche solo se è vivo o è morto. Adesso

che il Muro non c’è più, e il pezzo di mondo

a sua disposizione è diventato

più grande, me lo immagino

in una bettola di Kreuzberg (così di moda,

però) o di Prenzlauer Berg mentre fa chiarezza,

come diceva lui, sulla morte e le malattie,

magari sperando ancora che la vita ci riservi

qualcosa di


il disait que le café est le centre du monde,

l’ami poète Gerald Bisinger, parce que le café

est l’unique endroit où

l’on peut parler de tout, de femmes et de

bouffe, de vin et de faits

divers, de politique, des caprices du chat, et même

de poésie. Pour le festival (il arriva

avec un bagage extrêmement lourd, car il emmenait

avec lui, nous le découvrîmes ensuite, des dizaines de bouteilles) nous avons,réussi

à en trouver un, de café, sous Castel

dell’Ovo, où il passa la plupart

du temps seul, buvant un méchant vin

rouge, presque jusqu’à s’abrutir. Il était plus triste

qu’un deuil, comme aurait dit quelqu'un, mais il réussit

à lire ses poésies, en italien, et sans

bafouiller, avec un agréable

accent. Je vais tous les jours par la route surélevée

du quartier de Friedenau à Wansee, à Berlin,

disait-il, comme ça je vois un beau morceau

de monde, et c’est plutôt agréable,

au fond. Depuis longtemps nous nous sommes perdus de vue,

et il est difficile de savoir, d’un poète,

ne serait-ce que s’il mort ou vivant. Maintenant

que le Mur n’est plus là, et que le morceau de monde

à sa disposition est devenu

plus grand, je l’imagine

dans une gargote de Kreuzberg (tellement à la mode,

pourtant) ou de Prenzlauer Berg tandis qu’il s’éclaircit les idées,

comme il disait, sur la mort et les maladies,

peut-être en espérant encore que la vie nous réserve

quelque chose de


3)

è facile sentirsi a casa, in qualsiasi città

della Spagna. Gli amici sono cordiali, e di notte

si può passeggiare a lungo nelle strade

deserte, perdendosi senza paura,

come un’anima in attesa del traghetto.

Un “altrove” che potrebbe funzionare, se pensassi

che esiste ancora un futuro. Invece

penso sempre più spesso – oltre che

alla mia – alla fine

del mondo, al momento in cui la vita

scomparirà dalla terra. In un film

ho visto il ferro che arrugginisce,

il cemento sgretolarsi, il legno e la carta

decomporsi, spegnersi

le luci artificiali, e tutti i circuiti

elettrici ed elettronici. Ovunque

tornano a crescere erba e piante,

anche a causa dell’azoto

prodotto dagli incendi

che più nessuno spegne.

Così, in pochi anni, di queste orgogliose

città restano solo rovine. Tra le molte

specie animali che si giovano della

catastrofe, ci sono le termiti, ma per fortuna

anche i gatti


like a soul waiting for the ferry (come un’anima in attesa del traghetto) è un verso di Ted Hughes


il est facile de se sentir chez soi, dans n’importe quelle ville

d’Espagne. Les amis sont cordiaux, et la nuit

on peut se promener longtemps dans les rues

désertes – se perdant sans peur,

comme une âme qui attend le ferry.

Un « ailleurs » qui pourrait fonctionner, si je croyais

qu’il existe encore un avenir. Au contraire,

je pense de plus en plus souvent – non seulement

à la mienne – mais à la fin

du monde, au moment où la vie

disparaîtra de la terre. Dans un film

j’ai vu le fer se rouiller,

le béton s’effriter, le bois et le papier

se décomposer, s’éteindre

les lumières artificielles, et tous les circuits

électriques et électroniques. Partout

les herbes et les plantes repoussent,

à cause, aussi, de l’azote

produit par les incendies

que personne n’éteint plus.

Comme ça, en quelques années, de ces villes

orgueilleuses ne restent que des ruines. Parmi les nombreuses

espèces animales qui profitent de la

catastrophe, il y a les termites, mais heureusement

les chats aussi


. . . . . .. . . . . . . . . . © les auteurs et CIRCE

. . . . . . . . . . . . . . . . . .

dimanche 29 août 2010

Franca Grisoni

Les poèmes de Franca Grisoni (Sirmione, 1945), sont écrits dans le dialecte lombard des rives sud du Lac de Garde. L’usage de sa langue maternelle répond à l’exigence de faire parler une perception immédiate, à la recherche de la vérité contenue dans toute chose.
Son premier volume, La böba (Genova, San Marco dei Giustiniani, 1986) reçoit le prix Bagutta, Opera prima. Parmi ses recueils, De chi (Milano, Scheiwiller, 1997) est lauréat du Prix Viareggio et L’Ala (Dogliani, Liboà, 2005) reçoit le prix Biagio Marin. Un choix de ses poèmes a paru en 2009 chez l’éditeur Morcelliana de Brescia.


...............................Ma chel saur...


Mais cette saveur de pêche
que je guette quand je croque,
où suis-je allée la chercher
si je ne la trouve pas dans le fruit.
Et ici j’ai bien des pêches,
et elles sont bien mûres
et elles ont une bonne odeur
mais je n’y trouve pas la saveur,
celle-là, juste de pèche,
et pourtant elle dégouline
et picote sur les joues
mais c’est qu’elle n’en a pas assez,
elle reste un peu en retrait
de celle que j’ai dans mes pensées.

................ ;;; ;;; ;;;.................De : La böba, 1986

................... ;;; ;;; ;.....;; ;;; .. trad. du brescian Lucrezia Chinellato



.......................... ;;; ;;; ..............;........;; ;;; ...© les auteurs et CIRCE

mardi 6 juillet 2010

Florinda Fusco

Florinda Fusco, née à Bari, spécialiste de la poésie d'Edoardo Cacciatore et d'Amelia Rosselli, publie en revue et dans différents sites web (cf. Cepollaro); elle a édité en recueil linee (Rapallo, Zona, 2001) et Il libro delle madonne scure (Mazzoli, prix A. Delfini 2004); des extraits figurent dans l'anthologie Parola plurale, Sossella 2005.



il risveglio…


***

le réveil , , , , , , , , et puis réunir les pieds
(il ne faut jamais réunir les pieds, les pieds ne portent pas la croix)

se lever ou ne pas bouger tourner la tête attendre que la pointe de lumière
tombe sur le front attendre avec les mains attendre que le ciment
arrête le pied , , , , que l'eau immobilise l'eau

je vois le jour , , , , c'est le jour à marcher sans pauses

le réveil , , , , , la respiration pour combler le jour , , , , soulever la tête
difficile de se lever car difficile de se lever

, , , le jour s'est ouvert , , , , , , le sol s'est ouvert , , , , , la terre est légère
la poule qui court ne doit pas se cacher

pouvoir courir sans personne , , , , , , la poule qui court ne doit pas se cacher
pouvoir courir avec son propre corps
, , , , , , , , avoir un corps


***



je ne sais pas où se jettera ce fleuve énorme de goudron
avec des boîtes de pinces à linge des dentifrices si ma tête contre
la tienne deviendra une noire souris qui couine ou des sandales
en bois qu'on achète au marché et quand tu utilises les voyelles
comme voyelles et les neurones suivent tes coups quand tu te cognes contre
mon thorax qui se dresse doucement comme un fer et quand la
coque est infermable et tu promets qu'arriveront les dromadaires et

tu racontes que dans les escaliers je trouverai le roi avec mes vêtements d'hiver
sur les bras

je ne sais pas à présent quel est le terrain je ne sais si la coque
sera dure ou marchera doucement comme le pied
les enflures aux genoux
quel est le trône ? quel trône était-ce ? et le don se donne ? ou tout existe
dans la digue dans le filet et dans la laine , , , , dans le matelas de la décharge

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , dans la couverture avec du terreau l'insecte
cogne encore contre le doigt la note est dans les trois clés le duvet a poussé le ,

,, , , , , , , , , , ,, ,, , , , ,,, ,, , ,, , ,, , , , , , , , , , , , , , , , , sang bat dans le pied
je ne vais pas

,,,,, ,, , ,, ,, ,, ,,,, ,,, ,, ,, , ,,,, ,, ,, ,, , , ,...,,,, , , ,, , , , , , , , , © les auteurs et CIRCE

jeudi 3 juin 2010

Alberto Pellegatta

Alberto Pellegatta est né à Milan en 1978. Ses poésies ont été publiées dans de nombreuses revues ainsi que dans l'anthologie de Mario Santagostini I poeti di vent’anni (Stampa, Varese 2000), dans celle de Maurizio Cucchi Nuovissima poesia italiana (Garzanti) et dans Almanacco dello specchio (Mondadori 2008). Il a obtenu le Prix National de Poésie de la Ville de Meda en 2002 et le Prix Amici de Milan en 2002. Il traduit depuis l'espagnol et collabore à des revues. Parmi ses publications, citons Paratassi (Edb Edizioni Milano) et Mattinata larga (Lietocolle, Faloppio 2002).

,,,,,

Oxydation des étoiles sur les rails.

Tu es d'une espèce adaptée

tu montres le côté le plus fier du conflit

les ruines sordides, les impuretés délicieuses.

Origine des formules, typhon ou lubie,

toi, ange révoqué.



de : Paratassi (Edb Edizioni Milan 2007) et Nuovissima poesia italiana (Mondadori 2004)


*


Salon des Refusés


Les allusions onctueuses des saints

révèlent un zodiaque de chambres.


Le paysage fond dans le gris

et la ruine a aboli le soleil,

les collines ressemblent à un cerveau.


Touches, modules du sommeil. Prisons

et cordes.


de : Almanacco dello specchio Mondadori (2008)


*

Primo Premio Biennale Cetonaverde Poesia – Prima edizione :

S'abandonne, sans poids ni âme

à l'eau acrylique.

Fait le mort, tandis que le fond

ignore les carpes et les chats, se dégonfle

et ces rives inhalent

un paysage d'oxyde et d'étoiles


(de la piscine au bois, à la chambre à coucher, amour)


Ainsi il s'enfonce dans le corps naturel

et le vert circule en lui,

glissant et secret.

Les échelles débordent sur le pré musical

et le soleil ne sert plus à rien.

Le chant, inquiet, suit une grammaire

primitive, végétale.


Ce projet ne prévoit pas d'avenues,

de cadrans, ni de métros

mais des horizons allergiques et des lumières flexibles.



© les auteurs & CIRCE

dimanche 2 mai 2010

Mario Benedetti

Mario Benedetti, diplômé en esthétique, est né à Udine en 1955. Il vit à Milan. Ses principaux recueils sont, chez Mondadori, Umana gloria (2004) - "J'ai apporté avec moi de vieilles choses pour regarder les arbres" - et Pitture nere su carta (2009). De ce dernier, dont le titre renvoie à Goya, il aime dire : c'est "le monde à travers moi" ; comme esquissé à coups d'encre noire jusqu'au "néant solide" léopardien, jusqu'à l'angoisse stupéfaite du final "Ici. / Oh."... Il a traduit en italien Bonnefoy, Deguy, Maulpoix.

- La voix de Mario (interview Luigia Sorrentino, 2012)



Peintures noires sur papier



Couleurs 10
, , , , , , , , , , , , , , , , , mère

Et de tes feuilles vient la vie,
des feuilles vues sur le mur que tu regardes.

Et rien n'est ici de tout cela ce soir.
Oh les années que tu as et que j'ai.

Longue, ma vie ne l'est pas, autant que la tienne.

Ce qui reste, après avoir parlé, est là.
Non pas quelqu'un. Quels arbres c'étaient,

main et nervures, douces, fraîches.

Où es-tu ? maison sur le fond, ferme et tremblant,

dans la couleur blanche du soir en décembre.




Larmes 6

Et aussi les fleurs, le portail
de la cour, ouvert. Les voix

vers le ciel rose, des noms,
du hasard. Comme des hivers

ces yeux, grands, ouvraient

aux printemps. Notre ombre
qui les pleurait. Là, toujours,

rapprochés, herbe, les belles-de-nuit.
Des yeux qui retenaient des yeux,

notre ombre qui les pleurait.




[Chap. 8 : 6]

Depuis la nuit le matin la nuit,
pantalons verts, pantalons bleus,
le noir, le bleu clair, le cuivré, tout.

Parce que n'est plus un mot.
Les mers, les routes sont des maisons
et les maisons, des routes et des mers.

La pierre s'enfonce sans la corde autour du cou.
Affleurent en cercles les mots sur ses lèvres.
Mais peu importe, peu importe.

Quelques voyelles, le long du visage blanc
et noir, de cheveux, sa lumière.
Effondrée sur un côté. Recroquevillée.

Derrière toi, et devant, au delà, il n'y a rien.


,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,de: Pitture nere su carta, Milan, Mondadori, 2009

,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,, , , , , , , , , , , ,,,,,,,,,,,,,,,, (© les auteurs et CIRCE)

jeudi 1 avril 2010

Massimo Sannelli

Né en 1973 à Albenga, Massimo Sannelli publie ses premiers livres à partir de 2001. Il crée bina, lettre de poésie en ligne, avec Marco Giovenale. En 2009 sort le recueil L'aria. Poesie 1993-2006 (Novi Ligure, Puntoacapo ed.) pour lequel il retravaille tous ses poèmes, la réécriture étant une nécessité provenant du sentiment d'un toujours "provisoire" de la parole poétique. Depuis 2008, Sannelli s'est consacré au théâtre - comme auteur, acteur et réalisateur - et au cinéma.




, , , , , , ,,,, , , , , , , , , , nessuna gaia Genova è sotto, ma dispone
, , , , , , , ,,,, , , , , , , , , la sua barbarie; quella è veduta, l'altra è
, , , , , , , , , ,,,, , , , , , , ancora ingenua...


aucune Gênes allègre n'est dessous, mais elle dispose
sa barbarie ; celle-là est en vue, l'autre est
encore innocente. le temps revient. la ville est
verticale et belle : les arpèges de la culture
cherchent la hauteur, comme ci-dessus : ceux qui vivent,
ainsi appelés, occupent décemment l'endroit,
tout de ciel : la distance est d'un potager proche
et la mer : pour la douceur de ce mois, chaque
neige tombant du ciel, chaque neige. Fait soupirer, le pain ;
cette tempe martèle, la nôtre, à cause de la fièvre ;
l'odeur réveille aujourd'hui : réjouis-toi de gagner
maintenant, suis le courant : et aujourd'hui le sentiment est
dénoué, - on dirait le mois de mai, l'été presque - aileron
de dauphin
, qui volait; il parle de ce lieu
naturel, où est Narcisse. Ou bien sa liesse
dans la pensée, et la pitié représentée en un
cercle humain : le présent qui soutient,
si ce n'est pas une victoire, à pleines mains. Le papier chante :
fin, une idée de blanc, fine, et de la cellule le ciel.



, , , , , , , , ,dde : Antivedere (Genova, Quaderni di Cantarena, 2003)
, , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , , ,, , , , ,, , , , , , © les auteurs et CIRCE

mercredi 3 mars 2010

Tiziana Colusso

Tiziana Colusso, écrit des nouvelles, des pièces de théâtre et des articles, notamment pour la République de Lettres et dirige la revue Formafluens. Elle a étudié à l'Université de Rome et de Paris (Paris-Sorbonne). Elle est chargée des projets internationaux pour le Sindacato Nazionale Scrittori (Syndicat des Écrivains italiens), et a été élue en 2005 au Congrès européen des Écrivains à Bruxelles. En 2007, elle publie le recueil Il sanscrito del corpo (Ed. Fermenti), en 2009 La lingua langue (Formafluens).

[Inédit]



à la nage dans le vide


a nuoto nel vuoto ispiro-espiro a braccia larghe…

I.
et puis tout enfin est vanité ou bien vacuité – vanitas, vacuum,
éloge du renoncement, de la raréfaction – tout est une salubre
cérémonie des adieux au trop plein de pensées valises rencontres
matière du monde – inaperçu des microcéphales terrestres l’univers
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , se raréfie
comme un gâteau trop levé. Les molécules fuient les unes des autres,
exponentielles, on fait de la place au souffle dans le vide qui
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , calmement inexorable
répartit les électrons, les pages, les occasions

[…]


IV.
Et falta le clapotis liquide des vasques bleues vertes orange dans
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , le jardin
de la Grande Mosquée, des eaux que j’imagine murmurer
en español, malgré l’emplacement parisien, mémoires mauresques
de l’Alhambra peut-être, ou bien mémoires involontaires d’un
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,linguisme biologique
plus que logique : la voz de l’agua, corriente su las silabas rotundas
de la lengua española et sur les galets rêches et doux à la fois d'une
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,langue arabe
fantasmée lors d’anciens entretiens amoureux ici même, à Paris,
mais voici que tout cela n’a plus d’importance, dans le rêve juste un
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , détail
devient gigantesque : et c’est l’absence déchirante de l’eau, que
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , falta de murmurar
dans ces vasques entartrées, par économie ou paresse qui sait, ou
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , fin de,saison
(on ne dirait pas, mais octobre pèse déjà sur les feuilles) et le vol
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,liquide
s'arrête, élan perdu, au bord de la vasque, se replie le rêve
comme les ailes d’un paon qui depuis des millénaires désormais a
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , ,renoncé à la danse
du vol, suspendu entre la matière vivante
d’oiseau et la matière morte de statue, dans l’attente d’une
, , , , , ,, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , , , , autorisation
à décoller.

,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,, , ,,,,,,,,
,© les auteurs & CIRCE


a nuoto nel vuoto

(ined.)

I.

poi tutto finalmente è vanità o forse vacuità - vanitas, vacuum,
elogio della rinuncia, della rarefazione – tutto è una salubre
cerimonia degli addii dal troppo pieno di pensieri valigie incontri
materia del mondo – inavvertito ai microcefali terrestri si
rarefa
, , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , ,, ,, ,, , ,, , , , l’universo
come una torta troppo lievitata, le molecole fuggono le une
dalle
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , ,,, , , ,, , , , , , , altre,
esponenziali, si fa spazio al respiro nel vuoto che
quietamente
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , , ,inesorabile
spartisce gli elettroni, le pagine, le occasioni


IV.

E falta il gorgoglio liquido delle vasche blu verdi arancio nel jardin
de la Grande Mosquée, acque che immagino mormorare
in español, nonostante l’ubicazione parigina, memorie moresche
dell’Alhambra forse, ou bien mémoires involontaires di un linguismo

, , , , , , , , , , , , , , , , ,, ,,, , ,, , , , ,, , , , , , , , , , biologico
più che logico: la voz de l’agua, corriente su las silabas rotundas
de la lengua española e sui ciottoli ruvidi e insieme dolci di una

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,lingua araba
trasognata in antichi conversari amorosi proprio qui, à Paris,
ma ora tutto questo non importa più, nel sogno un dettaglio soltanto
diventa gigante: ed è l’assenza struggente dell’acqua, que falta de,

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , ,, , , , , , ,murmurar
in queste vasche incrostate, per risparmio o pigrizia chissà o fine di,

, , , , , , , , , , ,, , , , , , , , , , , , , ,, ,, , , , , , , , , , stagione
(non sembra, ma ottobre appesantisce già le foglie) e il volo liquido
s’arresta senza più slancio a bordo vasca, si ripiega il sogno
come ali di un pavone che da millenni oramai ha rinunciato alla danza
del volo, sospeso tra la materia vivente
d’uccello e la materia morta di statua, in attesa di un’autorizzazione
a decollare.

mercredi 3 février 2010

Gherardo Bortolotti

Gherardo Bortolotti est né en 1972. En 2005, il publie l'e-book Canopo (Cepollaro E-dizioni) et en 2007, Le soluzioni binarie (La camera verde). Il dirige avec Michele Zaffarano la collection "Chapbook" des éditions Arcipelago. Plus récemment, il publie Tecniche a basso livello (Lavieri). Il est l'un des fondateurs du blog de traductions et de littérature expérimentales gammm.org.



, , ,e come segni, incisi su pietra, di una storia


01. comme de longues, maigres chaînes de molécules, étendues a travers les épaisseurs interminables de l’air, qui éloignent, les après-midi d’été, au long de l’ordre des secondes de l’année, les meubles dans la pénombre, comblant les espaces, que nous laissons derrière nous, alors que les jours, qui se défont en notes incomplètes, en dessins ratés, en discours qui finissent en presque rien

02. pas plus que les nuages, que leurs formes, parmi les courants, qui animent le ciel, l’air, ce qui nous sépare des autres, d’en haut, qui conclut sa propre ouverture par là où

03. et comme des signes, gravés sur pierre, d’une histoire

06. comme des bruits qui traversent la nuit, ton appartement, en écartant les idées que tu as offertes à ta veille, sur les chaises du salon, le long du couloir de l’entrée

07. comme un verre sur la surface de la table blanche, et l’eau versée à ses pieds, à peu près le long de la circonférence, à part quelques gouttes, isolées, comme l’effet d’ensemble d’une trouvaille géniale, celle de la tension superficielle, celle de l’attraction entre les particules du liquide qui ressentent la fascination préconsciente de la forme et l’horreur, le misérable effroi de la perte d’un plan, pour l’avenir, pour ce qui est en cours et qui ne t’appartient pas

08. pareils à un petit parking excentré, derrière le bâtiment scolaire, au premier crépuscule de l’automne, alors que les adolescents passent en scooter et que, dans les maisons, les adultes se dispensent de parler, en puisant au savoir du journal télé

de : bina, 25 octobre 2009, n. 79.

,© les auteurs & CIRCE