porta

porta
Daniela Iaria, "Attraverso la porta bianca-fiume", 39x41 cm, 2004.

mercredi 3 mars 2010

Tiziana Colusso

Tiziana Colusso, écrit des nouvelles, des pièces de théâtre et des articles, notamment pour la République de Lettres et dirige la revue Formafluens. Elle a étudié à l'Université de Rome et de Paris (Paris-Sorbonne). Elle est chargée des projets internationaux pour le Sindacato Nazionale Scrittori (Syndicat des Écrivains italiens), et a été élue en 2005 au Congrès européen des Écrivains à Bruxelles. En 2007, elle publie le recueil Il sanscrito del corpo (Ed. Fermenti), en 2009 La lingua langue (Formafluens).

[Inédit]



à la nage dans le vide


a nuoto nel vuoto ispiro-espiro a braccia larghe…

I.
et puis tout enfin est vanité ou bien vacuité – vanitas, vacuum,
éloge du renoncement, de la raréfaction – tout est une salubre
cérémonie des adieux au trop plein de pensées valises rencontres
matière du monde – inaperçu des microcéphales terrestres l’univers
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , se raréfie
comme un gâteau trop levé. Les molécules fuient les unes des autres,
exponentielles, on fait de la place au souffle dans le vide qui
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , calmement inexorable
répartit les électrons, les pages, les occasions

[…]


IV.
Et falta le clapotis liquide des vasques bleues vertes orange dans
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , le jardin
de la Grande Mosquée, des eaux que j’imagine murmurer
en español, malgré l’emplacement parisien, mémoires mauresques
de l’Alhambra peut-être, ou bien mémoires involontaires d’un
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,linguisme biologique
plus que logique : la voz de l’agua, corriente su las silabas rotundas
de la lengua española et sur les galets rêches et doux à la fois d'une
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,langue arabe
fantasmée lors d’anciens entretiens amoureux ici même, à Paris,
mais voici que tout cela n’a plus d’importance, dans le rêve juste un
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , détail
devient gigantesque : et c’est l’absence déchirante de l’eau, que
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , falta de murmurar
dans ces vasques entartrées, par économie ou paresse qui sait, ou
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , fin de,saison
(on ne dirait pas, mais octobre pèse déjà sur les feuilles) et le vol
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,liquide
s'arrête, élan perdu, au bord de la vasque, se replie le rêve
comme les ailes d’un paon qui depuis des millénaires désormais a
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , ,renoncé à la danse
du vol, suspendu entre la matière vivante
d’oiseau et la matière morte de statue, dans l’attente d’une
, , , , , ,, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , , , , autorisation
à décoller.

,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,, , ,,,,,,,,
,© les auteurs & CIRCE


a nuoto nel vuoto

(ined.)

I.

poi tutto finalmente è vanità o forse vacuità - vanitas, vacuum,
elogio della rinuncia, della rarefazione – tutto è una salubre
cerimonia degli addii dal troppo pieno di pensieri valigie incontri
materia del mondo – inavvertito ai microcefali terrestri si
rarefa
, , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , ,, ,, ,, , ,, , , , l’universo
come una torta troppo lievitata, le molecole fuggono le une
dalle
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , ,,, , , ,, , , , , , , altre,
esponenziali, si fa spazio al respiro nel vuoto che
quietamente
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , , ,inesorabile
spartisce gli elettroni, le pagine, le occasioni


IV.

E falta il gorgoglio liquido delle vasche blu verdi arancio nel jardin
de la Grande Mosquée, acque che immagino mormorare
in español, nonostante l’ubicazione parigina, memorie moresche
dell’Alhambra forse, ou bien mémoires involontaires di un linguismo

, , , , , , , , , , , , , , , , ,, ,,, , ,, , , , ,, , , , , , , , , , biologico
più che logico: la voz de l’agua, corriente su las silabas rotundas
de la lengua española e sui ciottoli ruvidi e insieme dolci di una

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,lingua araba
trasognata in antichi conversari amorosi proprio qui, à Paris,
ma ora tutto questo non importa più, nel sogno un dettaglio soltanto
diventa gigante: ed è l’assenza struggente dell’acqua, que falta de,

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , ,, , , , , , ,murmurar
in queste vasche incrostate, per risparmio o pigrizia chissà o fine di,

, , , , , , , , , , ,, , , , , , , , , , , , , ,, ,, , , , , , , , , , stagione
(non sembra, ma ottobre appesantisce già le foglie) e il volo liquido
s’arresta senza più slancio a bordo vasca, si ripiega il sogno
come ali di un pavone che da millenni oramai ha rinunciato alla danza
del volo, sospeso tra la materia vivente
d’uccello e la materia morta di statua, in attesa di un’autorizzazione
a decollare.

mercredi 3 février 2010

Gherardo Bortolotti

Gherardo Bortolotti est né en 1972. En 2005, il publie l'e-book Canopo (Cepollaro E-dizioni) et en 2007, Le soluzioni binarie (La camera verde). Il dirige avec Michele Zaffarano la collection "Chapbook" des éditions Arcipelago. Plus récemment, il publie Tecniche a basso livello (Lavieri). Il est l'un des fondateurs du blog de traductions et de littérature expérimentales gammm.org.



, , ,e come segni, incisi su pietra, di una storia


01. comme de longues, maigres chaînes de molécules, étendues a travers les épaisseurs interminables de l’air, qui éloignent, les après-midi d’été, au long de l’ordre des secondes de l’année, les meubles dans la pénombre, comblant les espaces, que nous laissons derrière nous, alors que les jours, qui se défont en notes incomplètes, en dessins ratés, en discours qui finissent en presque rien

02. pas plus que les nuages, que leurs formes, parmi les courants, qui animent le ciel, l’air, ce qui nous sépare des autres, d’en haut, qui conclut sa propre ouverture par là où

03. et comme des signes, gravés sur pierre, d’une histoire

06. comme des bruits qui traversent la nuit, ton appartement, en écartant les idées que tu as offertes à ta veille, sur les chaises du salon, le long du couloir de l’entrée

07. comme un verre sur la surface de la table blanche, et l’eau versée à ses pieds, à peu près le long de la circonférence, à part quelques gouttes, isolées, comme l’effet d’ensemble d’une trouvaille géniale, celle de la tension superficielle, celle de l’attraction entre les particules du liquide qui ressentent la fascination préconsciente de la forme et l’horreur, le misérable effroi de la perte d’un plan, pour l’avenir, pour ce qui est en cours et qui ne t’appartient pas

08. pareils à un petit parking excentré, derrière le bâtiment scolaire, au premier crépuscule de l’automne, alors que les adolescents passent en scooter et que, dans les maisons, les adultes se dispensent de parler, en puisant au savoir du journal télé

de : bina, 25 octobre 2009, n. 79.

,© les auteurs & CIRCE

samedi 2 janvier 2010

Rubina Giorgi

Rubina Giorgi, née à Rome, philosophe de formation, a travaillé sur le symbole ("personne" de l'esprit: Figure di nessuno, OOLP, 1977). Son premier recueil poétique, Esercizi 1, Milan, Feltrinelli, 1979, lui a valu de figurer dans Poesia degli anni Settanta, anthologie procurée par A. Porta la même année, chez le même éditeur. Elle a collaboré à Out of London Press (N.York-Milan), avant de diriger la collection philosophique chez Ripostes,(Salerno) ; une abondante bibliographie, des critiques, des prix littéraires (finaliste du Delfini 2001) témoignent de la vitalité de sa parole aujourd'hui.



Onde, accordature di voce, voci mosse,
ombre, grazie frante, agrezze,
semplici dolcezze, bacche
lingue.
Un raccolto ambiguamente
domestico. Non domestico.

***


Quel paysage deviens-tu en moi :
visages brusques et doux, limites
discrètes et pourtant indiscernables,
vineux, pierreux, suspendus au geste
de chapelles qui ouvrent sur un néant,
de murets qui donnent
sur paroles et paraboles,
un décor du temps : un langage
du blanc rauque de la terre,
de ses créatures anarchiques,
comme le chêne
qui ouvre sur des coulisses amènes
et princières suivant les ordres
par arbitraire, et le champignon
qui transmet tranquillement
au fond de la cathédrale immense
quintessence de monde,
courants d'échos galactiques
de fil en fil dans la couronne
d'herbes microcosmique,
qui blesse de son charme infime
de démon végétal
le chercheur autre aux sens tout éveillés,
à qui reste du monde la seule odeur
d'une absence qui l'enivre.

Ondes, concordance de la voix, voix mouvantes,
ombres, grâces brisées, acerbités,
douceurs simples, baies
langues.
Une récolte à l'ambiguïté
domestique. Non domestique.

Parole
qui semble remémorer, murmurer
d'ancêtres, de guerres, d'alliés ou fourbes
frères, de travaux et de jours :
mais ces travaux et ancêtres
ne sont que l'occasion
qui révèle une trace
bien plus ancienne :
le paysage de la mémoire
le lieu du temps
a l'avantage sur les autres
de pouvoir, soudain
rassemblée contre un muret
ou une paroi précaire
ou un fond de néant,
frissonnante comme un animal débuché,
timide, rendre
un reflet d'éternité,
une saveur, un souffle fff,
un fiat.


, , , , , ,,, , , , de : Poesie dell'inizio del mondo. Premio A. Delfini, Roma, Sossella ed. 2003

, , , , , , , ,, , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , , , ,© les auteurs & CIRCE

lundi 7 décembre 2009

Giovanna Bemporad

Giovanna Bemporad (Ferrare, 1928). Elle publie en 1948 Esercizi, couronné par de nombreux prix. Elle a également traduit l’Iliade et l’Odyssée en italien, ainsi que des poètes français (Baudelaire, Verlaine, Mallarmé, Valéry) et allemands (Hölderlin, Rilke). En 2004, elle publie Lettere di Camillo Sbarbaro e Giovanna Bemporad (1952-1964). Sa traduction de l’hébreu du Cantique des Cantiques a paru en 2006.


C'est comme un jeu
de vents dans la poussière d’un pré
sans frontières, l’anxiété des vivants…
et au seul mot de jeunesse je sens
se serrer mon coeur comme devant une flamme
qui se résout en cendre.

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , De : Aforismi

***


La mer
, , , , , , , , ,(à Gerardo Diego)

Tu délies mes sandales par la dérive
d’une onde : naïade ou nymphéa je me couche
sur ton étincelante, ondulée
chevelure pleine d’ombres, ô mer,
comme si j’étais une déesse libre et nue,
sans harpe ni pupitre, poitrine au vent,
qui, sur un lit d’herbes, à un avenir
d’heureuse paresse s’abandonne…

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , De : Altri esercizi


(édités, avec des variantes d'auteur(e), par Francesco Marotta (blog rebstein.wordpress).)

, , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,© les auteurs et CIRCE

vendredi 13 novembre 2009

Patrizia Vicinelli

Patrizia Vicinelli est née à Bologne en 1943, où elle est morte en 1991. Dans les années soixante elle travaille dans le théâtre et le cinéma expérimental avec Aldo Braibanti, Emilio Villa, Alberto Grifi. Elle rejoint le Gruppo 63 en 1966. L’expérimentation est au cœur de sa recherche artistique, qui explore les voies de la poésie visuelle et sonore. De son vivant elle a publié a. à. A (Lerici, 1967), Apology of schizoid woman (Tauma, 1979) et Non sempre ricordano (Aelia Laelia Ed., 1985). Suite à un premier recueil posthume en 1994, Opere, (All’Insegna del Pesce d’Oro), un volume présentant la plupart de sa production vient de paraître sous le titre Non sempre ricordano (Le Lettere, 2009).


Arbre de Judas


Il faudra te racheter, ô nom des noms,
tu es parmi nous avec d’autres noms, et beaucoup
font semblant de ne pas s’en apercevoir.
Que m’importe le nom, si à d’autres noms
tu es lié et qu’ils nous emprisonnent tout comme
aux temps anciens, au temps des pharaons, temps
des pharaons, qu’est-ce qui a changé, ho là,
un beau jardin fait par quelqu’un que je connais,
évidemment on va le lui faire payer
cher, hé, friend, je me souviens, c’est ainsi
depuis un bon bout de ce qu’on appelle temps,
nous, à pic sur les collines désertes on la regardait
la lune, même de certains seuils,
et qui peut l’empêcher, l’homme, d’être ?
non, Judas, toi non plus, avec ton nom mal famé,
précisément le plus pauvre, ta grande petitesse
à présent je l’exalte, et non plus nuire aux autres
mais bien plus qu’à toi-même, si jamais était vrai
ce que les pharisiens rapportent, comme ils font toujours,
je croirais même les journaux, et sûrement
les speakers de la télévision.
Et pourtant, ami douloureux, moi je t’accepte, et je te la
donne, ma bénédiction, le plus négligé d’entre les hommes,
quel destin pitoyable, oh Judas !
Nous, amis sur terre, aimons la nature,
et nous raconter les dernières aventures qui toujours
traitent de la vie, de la vie chaude et enflammée.
Je te raconterai près de l’arbre,
qui te porte, quelque belle histoire d’exquises
trahisons, qui ont porté loin,
qui ont porté loin. Au bout du compte
un destin pitoyable est vraiment préférable, tu le sais,
car ainsi nous avons quelques chances d’être les hommes
que nous sommes, ou alors ce n’est que du vent.
Judas, tu t’es compliqué les choses, on t’a
compliqué les choses, mais il y a quelqu’un, quelque vieux
connaisseur de talents, quelque magicien,
qui sait que paso, à l’ombre du même
jardin que cette nuit.



de: Opere, introd. et notes Renato Pedio, Scheiwiller, 1994.

© les auteurs et CIRCE

samedi 10 octobre 2009

Biagio Cepollaro

Biagio Cepollaro (Naples 1959) vit actuellement à Milan.
Son écriture, guidée par des questionnements profondément éthiques, explore les rapports de l'homme moderne avec la nature artificielle des paysages urbains. Sa trilogie De requie et Natura (1985-1997) témoigne très tôt de la dimension "civile" de sa poésie. Il se sert, pour nourrir et diffuser sa poésie et ses réflexions, de tous les supports à sa disposition. Après voir collaboré à de nombreuses revues, il ouvre dès 2003 un blog, "Poesia da fare", qui deviendra une revue mensuelle en ligne, Rivista, parallèle au projet Poesia Italiana E-book. Depuis 2008, il se consacre aux arts et à la poésie visuelle.


[ II ]

.....................

maintenant rassemble ce souffle
dense de marais
et dissous-le
dans la lumière…
elle aussi se tourne
et commence à se désagréger
le calendrier
accroché au mur

⎯ nous avons vécu jusque-là
coupés en deux
⎯ il n’y a pas de vie
qui ne couse ensemble
le jour et la nuit…

tout cela nous fatigue
⎯ ce monde
n’est pas fait pour le bonheur
et la barbarie inexorable
avance
à chaque nouvelle dégradation
des coutumes nationales
à la traîne d’un occident
indécis entre extermination
et suicide collectif
distillé
certes avec tout cela on laisse pousser
sa barbe
plus d’un jour et des heures
de sommeil
et la ville dans les yeux
qui se ferment
s’éloigne

[…]

certes tout cela nous fatigue
mais c’est un travail à faire
pas tout seul
⎯ ce n’est pas un travail
à faire tout seul
mais il est à faire
et pas demain
et pas seulement symboliquement
dans les gestes faits à la place
d’autres gestes
mais dans l’action dure
et simple
de ne pas laisser de répit
au cadavre
que nous portons sur nous

*

quand sur les pavés il reste
la vieille peau
nous allons dans les rues
guidés par notre flair
et les lumières sont brouillées
et la ville n’est plus
la même
les odeurs montent des flaques
les restes au milieu de tickets
et de préservatifs dans l’ensemble
des traces
de plastique
de ce qui d’une certaine manière
même sordide
était vivant et que nous
ne pouvons même pas
imaginer

mais c’est au milieu de ce fer
que l’humain
est à développer

ainsi ce matin
qui est un matin de fête
de grève
générale
fêtons ainsi
le mouvement
de l’eau
à la vie on ne peut
demander moins
que d’être vivante

oh oui nous restons saisis
à la vue
de la pente
nous n’aurions jamais
imaginé
que ce qui nous fait sortir
chaque matin
du lit
c’est cette envie
de supprimer la ville
de liquéfier les murs
⎯ comparés à eux
les graffitis
sont encore un ornement.


,, , , , , , , ,, , Lavoro da fare (2002-2005), Poesia Italiana, E-book, 2006.
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , ,,, , , , , , , , , , , © les auteurs et CIRCE





jeudi 10 septembre 2009

Marco Giovenale

Marco Giovenale est né à Rome en 1969; a travaillé sur Roversi (éd. d'une anthologie récente, chez Sossella); anime le site Slowforward (lien sur Giovenale colonne de droite); intervient dans le manifesto; actif au festival RomaPoesia; présent dans diverses revues en ligne, ainsi que dans "Poesia", "Or", "Le Bateau fantôme", "Atelier", etc. Il diffuse par mail la lettre mensuelle bina, un don de poésie. Son livre de poèmes Il segno meno a été publié chez Manni (2003) avec une préface de L. Magazzeni. La casa esposta, avec des photos de l'auteur, a paru en 2007 à Florence, Le Lettere.




La maison exposée


Quand il n’y a plus de haies
se déverse la photo des haies.

Témoin, rends le sceau authentique,
fonds la cire. (Depuis le soleil).

Argument et destination.

Mais vers le mur des deux brûlés
sous le chemin de ronde du haut
qui incurve le lierre, potus, l’olivier, trop large
pour l’enlacer, rappelle à l’odorat la trace
humide, les croix de la cage-fenêtre
telles qu’observées par la vitre verte, grasse
alors que peu nombreuses étaient les années du corps
les années du commencement

- là, la cuisine grandit au souvenir
mais la poussière la disperse, la diffuse.

Ce matin cela entre, fait retour avec les langues
de mémoire. Dans le noir des murailles, dans le violet
qui force ou effleure des serrures puis des poutrelles
horizontales de fer, à vide. Il entend

Alors tout sera bien quand nous
qui avons habité (
aimé) ici
nous serons tous des noms morts
nous serons tous depuis nos propres
graines – ultime accomplissement –
parfaitement finis, sans restes
dans personne qui aurait
– même non reflétée – quelque parole



[…]


ils n’entrent plus, tout changé, était changé, n’y habitent pas







, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , de: La casa esposta, Le Lettere, 2007

, , , , , ,, , , , , , , , , , , , ,, ,, , , , ,, , , , , , , , © les auteurs et CIRCE

dimanche 2 août 2009

Ernesto Calzavara

DIALECTALES...

Certains poètes présentés par CIRCE écrivent aussi dans leurs dialectes respectifs (langue ou dialecte, ici, ne fait pour nous aucune différence). Suivant quelques principes dont on peut se faire une idée en allant dans notre site (art. en ligne "Traduire, une pratique-théorie", avec un ex. d'application à E. De Signoribus), nous en proposons parfois des versions françaises.



S’il n’y avait pas

, , , , , , , , , , , , , , , , , , Se no ghe fusse...


Le chien marche sur les galets.
S'il n’y avait pas le chien
entre moi et les galets
je ne comprendrais pas ce monde, moi
je ne comprendrais pas.

Les poissons nagent dans l’eau
l'eau passe à travers les poissons
les oiseaux volent dans l’air
l’air les traverse...
S’il n’y avait pas les poissons
s'il n’y avait pas les oiseaux
entre l’eau et moi
entre l’air et moi
je ne pourrais pas vivre ici, moi
je ne pourrais pas.

S’il n’y avait pas d’animaux
dans ce désert
je n’y resterais pas, moi
je n’y resterais pas.

, , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , , , , , , , , , , de : Analfabeto (1979)

, , , , , , , , , , , , , , ; (trad. du trévisan : Lucrezia Chinellato & Sarah Ventimiglia)

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , ,, , , , , , , , , , , , , ,© les auteurs et CIRCE

lundi 6 juillet 2009

Ernesto Calzavara

La poésie d’Ernesto Calzavara (1907-2000), surtout en dialecte, est un exemple original du rapprochement des formes nouvelles de la poésie du XXe siècle au monde traditionnel et rural, dans le but d’atteindre, au moyen d’un langage réinventé, une vérité poétique qui demeure aux origines des éléments. De Milan, où l’auteur vécut dès 1933 pour exercer sa profession d’avocat, les poèmes de Calzavara continuèrent de s’inspirer au paysage vénitien.
Parmi ses recueils : Poesie dialettali (1960), Parole mate Parole pòvare (1966), Analfabeto (1979), Le ave parole (1984), Rio terrà dei pensieri (1996). Des résultats indiscutables de sa poésie ont été réunis chez Garzanti, sous le titre Ombre sui veri (1989).




Le chien et le cercle

Le chien aboyait au volume
de l’hôpital nocturne monobloc
qui lui tombait dessus, l’irritant

La masse hébergée
élargie comprimée déchirée
étendue refermée entrouverte
accordéon de pierre
laissait sortir des soupirs malades
par d’asymétriques trous bouches fenêtres

Le chien mordait absorbait dans l’air liquide
ces faibles sons
anonymes infirmes souffles sourds
douleurs englouties

Puis à la lune étrangère
puis au halo de la lune allusive
abrasive, il aboyait furieux
et le CERCLE

, , , O

plus large plus large parfait
des dilatations vocales
équivalait toujours à l’autre
halo vague là-haut dans les cieux

sans l’atteindre jamais.



, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , de : Le ave parole (1984)





La morte del giorno in paese



La mort du jour au village

Et les hommes fatigués de souffrir
tuèrent sur les routes
le Cochon du Jour
suspendu par les jambes
d’une maison à l’autre
la tête en bas.

La bête avant de mourir
avait hurlé le gosier en sang
toutes les rages de cette sale vie
en détruisant fleurs et feuilles.

Les hommes arrachèrent
de son ventre déchiré
les graines de la nuit
en les éparpillant tout autour
ils se retirèrent dans les briques et les ciments.

Après le dernier souffle
sur la dépouille du dieu-cochon
d’en haut se déroulèrent
les fils du silence.

Des scarabées noir et or
escaladèrent
les cerneaux d’oreilles.

L’âme de la lumière se rendit à celle de l’ombre.

Vagues de sommeil
marée montante
par-dessus tout.
Dans l’obscurité le chuchotement
des Invisibles.



, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , de : Analfabeto (1979)

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , © les auteurs et CIRCE

mardi 2 juin 2009

Gregorio Scalise

Poète, dramaturge, Gregorio Scalise est né en 1939 à Catanzaro et vit actuellement à Bologne. Ses débuts sont sous le signe de la poésie visuelle et de la néo-avant-garde ; son premier recueil (A capo) est publié par la maison d’édition Geiger dirigée par Adriano Spatola. Avec Segni, présenté dans l’anthologie Il pubblico della poesia de A. Berardinelli e F. Cordelli (1975), il obtient une large reconnaissance de la critique, notamment de Fortini. Parmi ses recueils l’on peut citer aussi La resistenza dell’aria (1982), Poesie dagli anni ’90 (1997), La perfezione delle formule (1999).


1.

Che il mondo segua una linea verticale...


Que le monde suive une ligne verticale,
les nuages le font comprendre,
car les choses les plus belles
viennent à nous entre les failles de vent ;
si son esprit pouvait se délier
mais l'évocation est une zone sèche
où s'épuise le langage,
si au cours des siècles
les hommes décident toujours :
l'eau frappe de mille langues
une plage herbeuse
et les objets, réunis à la chose,
savent que les yeux ne suffisent pas
pour conserver un secret.

(Danny Rose, 1989)


4.

Giunge l’eco di una rosa...


L'écho d'une rose arrive
sur les murets peints, tout semble
être une conspiration de la paix
avec un automne solitaire qui s'achève,
et pourtant il faut se méfier du calme,
les yeux essaient de regarder
ce qu'ils ne peuvent voir,
on s'en remet à des gestes rapides,
sûrs, mais les choses reviennent
avec leurs pointes aiguës
et leurs limites indistinctes ;
à présent la lumière vole, puis un nuage,
les mirages ironiques de l'histoire
s'amusent en mille formes
avec une forme unique.


- - - - - - - - - - - - - - - - - - in Opera-opera, Poesie scelte 1968-2007,
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -- - - - - - Luca Sossella ed. 2007


- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - © les auteurs et CIRCE