porta

porta
Daniela Iaria, "Attraverso la porta bianca-fiume", 39x41 cm, 2004.

jeudi 3 juin 2010

Alberto Pellegatta

Alberto Pellegatta est né à Milan en 1978. Ses poésies ont été publiées dans de nombreuses revues ainsi que dans l'anthologie de Mario Santagostini I poeti di vent’anni (Stampa, Varese 2000), dans celle de Maurizio Cucchi Nuovissima poesia italiana (Garzanti) et dans Almanacco dello specchio (Mondadori 2008). Il a obtenu le Prix National de Poésie de la Ville de Meda en 2002 et le Prix Amici de Milan en 2002. Il traduit depuis l'espagnol et collabore à des revues. Parmi ses publications, citons Paratassi (Edb Edizioni Milano) et Mattinata larga (Lietocolle, Faloppio 2002).

,,,,,

Oxydation des étoiles sur les rails.

Tu es d'une espèce adaptée

tu montres le côté le plus fier du conflit

les ruines sordides, les impuretés délicieuses.

Origine des formules, typhon ou lubie,

toi, ange révoqué.



de : Paratassi (Edb Edizioni Milan 2007) et Nuovissima poesia italiana (Mondadori 2004)


*


Salon des Refusés


Les allusions onctueuses des saints

révèlent un zodiaque de chambres.


Le paysage fond dans le gris

et la ruine a aboli le soleil,

les collines ressemblent à un cerveau.


Touches, modules du sommeil. Prisons

et cordes.


de : Almanacco dello specchio Mondadori (2008)


*

Primo Premio Biennale Cetonaverde Poesia – Prima edizione :

S'abandonne, sans poids ni âme

à l'eau acrylique.

Fait le mort, tandis que le fond

ignore les carpes et les chats, se dégonfle

et ces rives inhalent

un paysage d'oxyde et d'étoiles


(de la piscine au bois, à la chambre à coucher, amour)


Ainsi il s'enfonce dans le corps naturel

et le vert circule en lui,

glissant et secret.

Les échelles débordent sur le pré musical

et le soleil ne sert plus à rien.

Le chant, inquiet, suit une grammaire

primitive, végétale.


Ce projet ne prévoit pas d'avenues,

de cadrans, ni de métros

mais des horizons allergiques et des lumières flexibles.



© les auteurs & CIRCE

dimanche 2 mai 2010

Mario Benedetti

Mario Benedetti, diplômé en esthétique, est né à Udine en 1955. Il vit à Milan. Ses principaux recueils sont, chez Mondadori, Umana gloria (2004) - "J'ai apporté avec moi de vieilles choses pour regarder les arbres" - et Pitture nere su carta (2009). De ce dernier, dont le titre renvoie à Goya, il aime dire : c'est "le monde à travers moi" ; comme esquissé à coups d'encre noire jusqu'au "néant solide" léopardien, jusqu'à l'angoisse stupéfaite du final "Ici. / Oh."... Il a traduit en italien Bonnefoy, Deguy, Maulpoix.

- La voix de Mario (interview Luigia Sorrentino, 2012)



Peintures noires sur papier



Couleurs 10
, , , , , , , , , , , , , , , , , mère

Et de tes feuilles vient la vie,
des feuilles vues sur le mur que tu regardes.

Et rien n'est ici de tout cela ce soir.
Oh les années que tu as et que j'ai.

Longue, ma vie ne l'est pas, autant que la tienne.

Ce qui reste, après avoir parlé, est là.
Non pas quelqu'un. Quels arbres c'étaient,

main et nervures, douces, fraîches.

Où es-tu ? maison sur le fond, ferme et tremblant,

dans la couleur blanche du soir en décembre.




Larmes 6

Et aussi les fleurs, le portail
de la cour, ouvert. Les voix

vers le ciel rose, des noms,
du hasard. Comme des hivers

ces yeux, grands, ouvraient

aux printemps. Notre ombre
qui les pleurait. Là, toujours,

rapprochés, herbe, les belles-de-nuit.
Des yeux qui retenaient des yeux,

notre ombre qui les pleurait.




[Chap. 8 : 6]

Depuis la nuit le matin la nuit,
pantalons verts, pantalons bleus,
le noir, le bleu clair, le cuivré, tout.

Parce que n'est plus un mot.
Les mers, les routes sont des maisons
et les maisons, des routes et des mers.

La pierre s'enfonce sans la corde autour du cou.
Affleurent en cercles les mots sur ses lèvres.
Mais peu importe, peu importe.

Quelques voyelles, le long du visage blanc
et noir, de cheveux, sa lumière.
Effondrée sur un côté. Recroquevillée.

Derrière toi, et devant, au delà, il n'y a rien.


,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,de: Pitture nere su carta, Milan, Mondadori, 2009

,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,, , , , , , , , , , , ,,,,,,,,,,,,,,,, (© les auteurs et CIRCE)

jeudi 1 avril 2010

Massimo Sannelli

Né en 1973 à Albenga, Massimo Sannelli publie ses premiers livres à partir de 2001. Il crée bina, lettre de poésie en ligne, avec Marco Giovenale. En 2009 sort le recueil L'aria. Poesie 1993-2006 (Novi Ligure, Puntoacapo ed.) pour lequel il retravaille tous ses poèmes, la réécriture étant une nécessité provenant du sentiment d'un toujours "provisoire" de la parole poétique. Depuis 2008, Sannelli s'est consacré au théâtre - comme auteur, acteur et réalisateur - et au cinéma.




, , , , , , ,,,, , , , , , , , , , nessuna gaia Genova è sotto, ma dispone
, , , , , , , ,,,, , , , , , , , , la sua barbarie; quella è veduta, l'altra è
, , , , , , , , , ,,,, , , , , , , ancora ingenua...


aucune Gênes allègre n'est dessous, mais elle dispose
sa barbarie ; celle-là est en vue, l'autre est
encore innocente. le temps revient. la ville est
verticale et belle : les arpèges de la culture
cherchent la hauteur, comme ci-dessus : ceux qui vivent,
ainsi appelés, occupent décemment l'endroit,
tout de ciel : la distance est d'un potager proche
et la mer : pour la douceur de ce mois, chaque
neige tombant du ciel, chaque neige. Fait soupirer, le pain ;
cette tempe martèle, la nôtre, à cause de la fièvre ;
l'odeur réveille aujourd'hui : réjouis-toi de gagner
maintenant, suis le courant : et aujourd'hui le sentiment est
dénoué, - on dirait le mois de mai, l'été presque - aileron
de dauphin
, qui volait; il parle de ce lieu
naturel, où est Narcisse. Ou bien sa liesse
dans la pensée, et la pitié représentée en un
cercle humain : le présent qui soutient,
si ce n'est pas une victoire, à pleines mains. Le papier chante :
fin, une idée de blanc, fine, et de la cellule le ciel.



, , , , , , , , ,dde : Antivedere (Genova, Quaderni di Cantarena, 2003)
, , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , , ,, , , , ,, , , , , , © les auteurs et CIRCE

mercredi 3 mars 2010

Tiziana Colusso

Tiziana Colusso, écrit des nouvelles, des pièces de théâtre et des articles, notamment pour la République de Lettres et dirige la revue Formafluens. Elle a étudié à l'Université de Rome et de Paris (Paris-Sorbonne). Elle est chargée des projets internationaux pour le Sindacato Nazionale Scrittori (Syndicat des Écrivains italiens), et a été élue en 2005 au Congrès européen des Écrivains à Bruxelles. En 2007, elle publie le recueil Il sanscrito del corpo (Ed. Fermenti), en 2009 La lingua langue (Formafluens).

[Inédit]



à la nage dans le vide


a nuoto nel vuoto ispiro-espiro a braccia larghe…

I.
et puis tout enfin est vanité ou bien vacuité – vanitas, vacuum,
éloge du renoncement, de la raréfaction – tout est une salubre
cérémonie des adieux au trop plein de pensées valises rencontres
matière du monde – inaperçu des microcéphales terrestres l’univers
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , se raréfie
comme un gâteau trop levé. Les molécules fuient les unes des autres,
exponentielles, on fait de la place au souffle dans le vide qui
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , calmement inexorable
répartit les électrons, les pages, les occasions

[…]


IV.
Et falta le clapotis liquide des vasques bleues vertes orange dans
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , le jardin
de la Grande Mosquée, des eaux que j’imagine murmurer
en español, malgré l’emplacement parisien, mémoires mauresques
de l’Alhambra peut-être, ou bien mémoires involontaires d’un
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,linguisme biologique
plus que logique : la voz de l’agua, corriente su las silabas rotundas
de la lengua española et sur les galets rêches et doux à la fois d'une
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,langue arabe
fantasmée lors d’anciens entretiens amoureux ici même, à Paris,
mais voici que tout cela n’a plus d’importance, dans le rêve juste un
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , détail
devient gigantesque : et c’est l’absence déchirante de l’eau, que
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , falta de murmurar
dans ces vasques entartrées, par économie ou paresse qui sait, ou
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , fin de,saison
(on ne dirait pas, mais octobre pèse déjà sur les feuilles) et le vol
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,liquide
s'arrête, élan perdu, au bord de la vasque, se replie le rêve
comme les ailes d’un paon qui depuis des millénaires désormais a
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , ,renoncé à la danse
du vol, suspendu entre la matière vivante
d’oiseau et la matière morte de statue, dans l’attente d’une
, , , , , ,, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , , , , autorisation
à décoller.

,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,, , ,,,,,,,,
,© les auteurs & CIRCE


a nuoto nel vuoto

(ined.)

I.

poi tutto finalmente è vanità o forse vacuità - vanitas, vacuum,
elogio della rinuncia, della rarefazione – tutto è una salubre
cerimonia degli addii dal troppo pieno di pensieri valigie incontri
materia del mondo – inavvertito ai microcefali terrestri si
rarefa
, , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , ,, ,, ,, , ,, , , , l’universo
come una torta troppo lievitata, le molecole fuggono le une
dalle
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , ,,, , , ,, , , , , , , altre,
esponenziali, si fa spazio al respiro nel vuoto che
quietamente
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , , ,inesorabile
spartisce gli elettroni, le pagine, le occasioni


IV.

E falta il gorgoglio liquido delle vasche blu verdi arancio nel jardin
de la Grande Mosquée, acque che immagino mormorare
in español, nonostante l’ubicazione parigina, memorie moresche
dell’Alhambra forse, ou bien mémoires involontaires di un linguismo

, , , , , , , , , , , , , , , , ,, ,,, , ,, , , , ,, , , , , , , , , , biologico
più che logico: la voz de l’agua, corriente su las silabas rotundas
de la lengua española e sui ciottoli ruvidi e insieme dolci di una

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,lingua araba
trasognata in antichi conversari amorosi proprio qui, à Paris,
ma ora tutto questo non importa più, nel sogno un dettaglio soltanto
diventa gigante: ed è l’assenza struggente dell’acqua, que falta de,

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , ,, , , , , , ,murmurar
in queste vasche incrostate, per risparmio o pigrizia chissà o fine di,

, , , , , , , , , , ,, , , , , , , , , , , , , ,, ,, , , , , , , , , , stagione
(non sembra, ma ottobre appesantisce già le foglie) e il volo liquido
s’arresta senza più slancio a bordo vasca, si ripiega il sogno
come ali di un pavone che da millenni oramai ha rinunciato alla danza
del volo, sospeso tra la materia vivente
d’uccello e la materia morta di statua, in attesa di un’autorizzazione
a decollare.

mercredi 3 février 2010

Gherardo Bortolotti

Gherardo Bortolotti est né en 1972. En 2005, il publie l'e-book Canopo (Cepollaro E-dizioni) et en 2007, Le soluzioni binarie (La camera verde). Il dirige avec Michele Zaffarano la collection "Chapbook" des éditions Arcipelago. Plus récemment, il publie Tecniche a basso livello (Lavieri). Il est l'un des fondateurs du blog de traductions et de littérature expérimentales gammm.org.



, , ,e come segni, incisi su pietra, di una storia


01. comme de longues, maigres chaînes de molécules, étendues a travers les épaisseurs interminables de l’air, qui éloignent, les après-midi d’été, au long de l’ordre des secondes de l’année, les meubles dans la pénombre, comblant les espaces, que nous laissons derrière nous, alors que les jours, qui se défont en notes incomplètes, en dessins ratés, en discours qui finissent en presque rien

02. pas plus que les nuages, que leurs formes, parmi les courants, qui animent le ciel, l’air, ce qui nous sépare des autres, d’en haut, qui conclut sa propre ouverture par là où

03. et comme des signes, gravés sur pierre, d’une histoire

06. comme des bruits qui traversent la nuit, ton appartement, en écartant les idées que tu as offertes à ta veille, sur les chaises du salon, le long du couloir de l’entrée

07. comme un verre sur la surface de la table blanche, et l’eau versée à ses pieds, à peu près le long de la circonférence, à part quelques gouttes, isolées, comme l’effet d’ensemble d’une trouvaille géniale, celle de la tension superficielle, celle de l’attraction entre les particules du liquide qui ressentent la fascination préconsciente de la forme et l’horreur, le misérable effroi de la perte d’un plan, pour l’avenir, pour ce qui est en cours et qui ne t’appartient pas

08. pareils à un petit parking excentré, derrière le bâtiment scolaire, au premier crépuscule de l’automne, alors que les adolescents passent en scooter et que, dans les maisons, les adultes se dispensent de parler, en puisant au savoir du journal télé

de : bina, 25 octobre 2009, n. 79.

,© les auteurs & CIRCE

samedi 2 janvier 2010

Rubina Giorgi

Rubina Giorgi, née à Rome, philosophe de formation, a travaillé sur le symbole ("personne" de l'esprit: Figure di nessuno, OOLP, 1977). Son premier recueil poétique, Esercizi 1, Milan, Feltrinelli, 1979, lui a valu de figurer dans Poesia degli anni Settanta, anthologie procurée par A. Porta la même année, chez le même éditeur. Elle a collaboré à Out of London Press (N.York-Milan), avant de diriger la collection philosophique chez Ripostes,(Salerno) ; une abondante bibliographie, des critiques, des prix littéraires (finaliste du Delfini 2001) témoignent de la vitalité de sa parole aujourd'hui.



Onde, accordature di voce, voci mosse,
ombre, grazie frante, agrezze,
semplici dolcezze, bacche
lingue.
Un raccolto ambiguamente
domestico. Non domestico.

***


Quel paysage deviens-tu en moi :
visages brusques et doux, limites
discrètes et pourtant indiscernables,
vineux, pierreux, suspendus au geste
de chapelles qui ouvrent sur un néant,
de murets qui donnent
sur paroles et paraboles,
un décor du temps : un langage
du blanc rauque de la terre,
de ses créatures anarchiques,
comme le chêne
qui ouvre sur des coulisses amènes
et princières suivant les ordres
par arbitraire, et le champignon
qui transmet tranquillement
au fond de la cathédrale immense
quintessence de monde,
courants d'échos galactiques
de fil en fil dans la couronne
d'herbes microcosmique,
qui blesse de son charme infime
de démon végétal
le chercheur autre aux sens tout éveillés,
à qui reste du monde la seule odeur
d'une absence qui l'enivre.

Ondes, concordance de la voix, voix mouvantes,
ombres, grâces brisées, acerbités,
douceurs simples, baies
langues.
Une récolte à l'ambiguïté
domestique. Non domestique.

Parole
qui semble remémorer, murmurer
d'ancêtres, de guerres, d'alliés ou fourbes
frères, de travaux et de jours :
mais ces travaux et ancêtres
ne sont que l'occasion
qui révèle une trace
bien plus ancienne :
le paysage de la mémoire
le lieu du temps
a l'avantage sur les autres
de pouvoir, soudain
rassemblée contre un muret
ou une paroi précaire
ou un fond de néant,
frissonnante comme un animal débuché,
timide, rendre
un reflet d'éternité,
une saveur, un souffle fff,
un fiat.


, , , , , ,,, , , , de : Poesie dell'inizio del mondo. Premio A. Delfini, Roma, Sossella ed. 2003

, , , , , , , ,, , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , , , ,© les auteurs & CIRCE

lundi 7 décembre 2009

Giovanna Bemporad

Giovanna Bemporad (Ferrare, 1928). Elle publie en 1948 Esercizi, couronné par de nombreux prix. Elle a également traduit l’Iliade et l’Odyssée en italien, ainsi que des poètes français (Baudelaire, Verlaine, Mallarmé, Valéry) et allemands (Hölderlin, Rilke). En 2004, elle publie Lettere di Camillo Sbarbaro e Giovanna Bemporad (1952-1964). Sa traduction de l’hébreu du Cantique des Cantiques a paru en 2006.


C'est comme un jeu
de vents dans la poussière d’un pré
sans frontières, l’anxiété des vivants…
et au seul mot de jeunesse je sens
se serrer mon coeur comme devant une flamme
qui se résout en cendre.

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , De : Aforismi

***


La mer
, , , , , , , , ,(à Gerardo Diego)

Tu délies mes sandales par la dérive
d’une onde : naïade ou nymphéa je me couche
sur ton étincelante, ondulée
chevelure pleine d’ombres, ô mer,
comme si j’étais une déesse libre et nue,
sans harpe ni pupitre, poitrine au vent,
qui, sur un lit d’herbes, à un avenir
d’heureuse paresse s’abandonne…

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , De : Altri esercizi


(édités, avec des variantes d'auteur(e), par Francesco Marotta (blog rebstein.wordpress).)

, , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,© les auteurs et CIRCE

vendredi 13 novembre 2009

Patrizia Vicinelli

Patrizia Vicinelli est née à Bologne en 1943, où elle est morte en 1991. Dans les années soixante elle travaille dans le théâtre et le cinéma expérimental avec Aldo Braibanti, Emilio Villa, Alberto Grifi. Elle rejoint le Gruppo 63 en 1966. L’expérimentation est au cœur de sa recherche artistique, qui explore les voies de la poésie visuelle et sonore. De son vivant elle a publié a. à. A (Lerici, 1967), Apology of schizoid woman (Tauma, 1979) et Non sempre ricordano (Aelia Laelia Ed., 1985). Suite à un premier recueil posthume en 1994, Opere, (All’Insegna del Pesce d’Oro), un volume présentant la plupart de sa production vient de paraître sous le titre Non sempre ricordano (Le Lettere, 2009).


Arbre de Judas


Il faudra te racheter, ô nom des noms,
tu es parmi nous avec d’autres noms, et beaucoup
font semblant de ne pas s’en apercevoir.
Que m’importe le nom, si à d’autres noms
tu es lié et qu’ils nous emprisonnent tout comme
aux temps anciens, au temps des pharaons, temps
des pharaons, qu’est-ce qui a changé, ho là,
un beau jardin fait par quelqu’un que je connais,
évidemment on va le lui faire payer
cher, hé, friend, je me souviens, c’est ainsi
depuis un bon bout de ce qu’on appelle temps,
nous, à pic sur les collines désertes on la regardait
la lune, même de certains seuils,
et qui peut l’empêcher, l’homme, d’être ?
non, Judas, toi non plus, avec ton nom mal famé,
précisément le plus pauvre, ta grande petitesse
à présent je l’exalte, et non plus nuire aux autres
mais bien plus qu’à toi-même, si jamais était vrai
ce que les pharisiens rapportent, comme ils font toujours,
je croirais même les journaux, et sûrement
les speakers de la télévision.
Et pourtant, ami douloureux, moi je t’accepte, et je te la
donne, ma bénédiction, le plus négligé d’entre les hommes,
quel destin pitoyable, oh Judas !
Nous, amis sur terre, aimons la nature,
et nous raconter les dernières aventures qui toujours
traitent de la vie, de la vie chaude et enflammée.
Je te raconterai près de l’arbre,
qui te porte, quelque belle histoire d’exquises
trahisons, qui ont porté loin,
qui ont porté loin. Au bout du compte
un destin pitoyable est vraiment préférable, tu le sais,
car ainsi nous avons quelques chances d’être les hommes
que nous sommes, ou alors ce n’est que du vent.
Judas, tu t’es compliqué les choses, on t’a
compliqué les choses, mais il y a quelqu’un, quelque vieux
connaisseur de talents, quelque magicien,
qui sait que paso, à l’ombre du même
jardin que cette nuit.



de: Opere, introd. et notes Renato Pedio, Scheiwiller, 1994.

© les auteurs et CIRCE

samedi 10 octobre 2009

Biagio Cepollaro

Biagio Cepollaro (Naples 1959) vit actuellement à Milan.
Son écriture, guidée par des questionnements profondément éthiques, explore les rapports de l'homme moderne avec la nature artificielle des paysages urbains. Sa trilogie De requie et Natura (1985-1997) témoigne très tôt de la dimension "civile" de sa poésie. Il se sert, pour nourrir et diffuser sa poésie et ses réflexions, de tous les supports à sa disposition. Après voir collaboré à de nombreuses revues, il ouvre dès 2003 un blog, "Poesia da fare", qui deviendra une revue mensuelle en ligne, Rivista, parallèle au projet Poesia Italiana E-book. Depuis 2008, il se consacre aux arts et à la poésie visuelle.


[ II ]

.....................

maintenant rassemble ce souffle
dense de marais
et dissous-le
dans la lumière…
elle aussi se tourne
et commence à se désagréger
le calendrier
accroché au mur

⎯ nous avons vécu jusque-là
coupés en deux
⎯ il n’y a pas de vie
qui ne couse ensemble
le jour et la nuit…

tout cela nous fatigue
⎯ ce monde
n’est pas fait pour le bonheur
et la barbarie inexorable
avance
à chaque nouvelle dégradation
des coutumes nationales
à la traîne d’un occident
indécis entre extermination
et suicide collectif
distillé
certes avec tout cela on laisse pousser
sa barbe
plus d’un jour et des heures
de sommeil
et la ville dans les yeux
qui se ferment
s’éloigne

[…]

certes tout cela nous fatigue
mais c’est un travail à faire
pas tout seul
⎯ ce n’est pas un travail
à faire tout seul
mais il est à faire
et pas demain
et pas seulement symboliquement
dans les gestes faits à la place
d’autres gestes
mais dans l’action dure
et simple
de ne pas laisser de répit
au cadavre
que nous portons sur nous

*

quand sur les pavés il reste
la vieille peau
nous allons dans les rues
guidés par notre flair
et les lumières sont brouillées
et la ville n’est plus
la même
les odeurs montent des flaques
les restes au milieu de tickets
et de préservatifs dans l’ensemble
des traces
de plastique
de ce qui d’une certaine manière
même sordide
était vivant et que nous
ne pouvons même pas
imaginer

mais c’est au milieu de ce fer
que l’humain
est à développer

ainsi ce matin
qui est un matin de fête
de grève
générale
fêtons ainsi
le mouvement
de l’eau
à la vie on ne peut
demander moins
que d’être vivante

oh oui nous restons saisis
à la vue
de la pente
nous n’aurions jamais
imaginé
que ce qui nous fait sortir
chaque matin
du lit
c’est cette envie
de supprimer la ville
de liquéfier les murs
⎯ comparés à eux
les graffitis
sont encore un ornement.


,, , , , , , , ,, , Lavoro da fare (2002-2005), Poesia Italiana, E-book, 2006.
, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,, , , , ,,, , , , , , , , , , , © les auteurs et CIRCE





jeudi 10 septembre 2009

Marco Giovenale

Marco Giovenale est né à Rome en 1969; a travaillé sur Roversi (éd. d'une anthologie récente, chez Sossella); anime le site Slowforward (lien sur Giovenale colonne de droite); intervient dans le manifesto; actif au festival RomaPoesia; présent dans diverses revues en ligne, ainsi que dans "Poesia", "Or", "Le Bateau fantôme", "Atelier", etc. Il diffuse par mail la lettre mensuelle bina, un don de poésie. Son livre de poèmes Il segno meno a été publié chez Manni (2003) avec une préface de L. Magazzeni. La casa esposta, avec des photos de l'auteur, a paru en 2007 à Florence, Le Lettere.




La maison exposée


Quand il n’y a plus de haies
se déverse la photo des haies.

Témoin, rends le sceau authentique,
fonds la cire. (Depuis le soleil).

Argument et destination.

Mais vers le mur des deux brûlés
sous le chemin de ronde du haut
qui incurve le lierre, potus, l’olivier, trop large
pour l’enlacer, rappelle à l’odorat la trace
humide, les croix de la cage-fenêtre
telles qu’observées par la vitre verte, grasse
alors que peu nombreuses étaient les années du corps
les années du commencement

- là, la cuisine grandit au souvenir
mais la poussière la disperse, la diffuse.

Ce matin cela entre, fait retour avec les langues
de mémoire. Dans le noir des murailles, dans le violet
qui force ou effleure des serrures puis des poutrelles
horizontales de fer, à vide. Il entend

Alors tout sera bien quand nous
qui avons habité (
aimé) ici
nous serons tous des noms morts
nous serons tous depuis nos propres
graines – ultime accomplissement –
parfaitement finis, sans restes
dans personne qui aurait
– même non reflétée – quelque parole



[…]


ils n’entrent plus, tout changé, était changé, n’y habitent pas







, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , de: La casa esposta, Le Lettere, 2007

, , , , , ,, , , , , , , , , , , , ,, ,, , , , ,, , , , , , , , © les auteurs et CIRCE