porta

porta
Daniela Iaria, "Attraverso la porta bianca-fiume", 39x41 cm, 2004.

vendredi 20 juin 2008

Vittorio Bodini

(Bari, 1919 - Rome, 1970)
Après des études à Florence, il retourne s'installer dans sa région natale. Grand traducteur de l'espagnol (Cervantès, Garcia Lorca), il est aussi professeur de littérature espagnole à l'Université de Bari. Sa poésie, après une brève parenthèse futuriste, se caractérise par une attirance pour le Sud et en particulier pour sa terre, le Salento, présente dès La luna dei borboni (Mondadori, 1952).



De : La luna dei borboni e altre poesie (1945-1961)



"Feuilles de tabac"



1.

Tu ne connais pas le Sud, la chaux des maisons
d'où l'on surgissait au soleil comme des numéros
sur la face d'un dé.


2.
Lorsque la conque lunaire
élève d'illusoires montagnes, comme mortes,
et un miroitement sourd sur les rails,
ton nom dans l'ombre se met à crier,
plein de dents, et mord à la gorge
le palmier et l'église du Rosaire.


3.
Sur les plaines du Sud ne passe aucun rêve.
Des substantifs et ces chèvres sans musique,
le signe d'une croix sur le dos,
ou un cercle,
campés là, attendent une autre vie.
Tout est évidence et repos, et l'on verrait
presque une pensée, un verbe,
et l'effroi gris-beige d'une taupe
courir entre deux pierres.


Perdre nos regards jusqu'au bout de la plaine,
sans maisons, sans arbres, sans une lettre :
ligne d'une absence où seules se penchent
des chèvres ou spectres de chèvres mortes depuis des siècles,
qui broutent les gemmes amères de l'insomnie,
l'acier sans lumière d'anciennes épées,
quand d'amers peuples s'affrontaient
et teignaient de sang les cieux de la préhistoire.


Ainsi, un jour de sous la terre
si un rire maigre s'étire déchaîné
dans le sirocco,
ce qu'au ciel imperturbable et aux corbeaux
découvre la bêche
ce sont les dentures des chevaux
morts qui se rappellent
quelle douce fête c'était
lorsque le sang était vivant sur la plaine.

[…]


12.
Un moine querelleur vole parmi les arbres.



© les auteurs et CIRCE

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Merci de nous faire découvrir cette "autre" poésie italienne, moins à la mode et non liée (Bodini n'étant plus là) aux habituels "renvois d'ascenseur". C'est chouette.